Cohabiter avec un animal est un choix très personnel
Partager le quotidien avec un animal, et commencer par
l’accueillir dans de mutuelles bonnes conditions, c’est se
représenter à l’avance les futurs échanges et mûrir ce projet de
cohabitation dans l’anticipation des bénéfices, mais aussi des
contraintes inhérentes à une telle démarche.
En offrant un animal à autrui, peut-être bousculera-t-on cette
maturation préalable qui ne pourra donc pas s’affiner jusqu’au
bout. Mais surtout, ne fera-t-on pas violence au milieu
individuel et intime de l’autre, en faisant arriver dans sa vie
un être qu’il n’était pas encore prêt à accueillir ?
Même si elle comporte des aléas, la présence d’un animal est
rarement vécue comme une contrainte pour celui qui l’a désiré. A l’inverse, pour celui qui n’a pu faire soi le désir de
cohabiter avec un animal, les moindres réalités du quotidien
vont être une charge, déclenchant des tensions mutuelles
préjudiciables au bon équilibre psycho-comportemental de
l’animal, et à l’origine de nombreuses difficultés adjacentes.
Quand on sait l’importance du processus de construction d’un
lien, il n’est pas difficile d’imaginer tous les désagréments
que peut causer le don d’un animal à une personne. Car les
défauts de lien et d’attachement sont à l’origine de nombreuses
incompréhensions, de nervosité, d’agacement et de difficultés en
somme…
Offrir un chiot à un enfant
Les enfants sont souvent demandeurs d’un chien à la maison, mais
cette cohabitation n’est jamais sans risque. Décider d’accéder au désir de l’enfant ne doit donc pas se faire
dans l’approximation, la hâte d’un coup de tête ou d’un coup de
cœur pour un « chiot gros nounours » vu dans une vitrine, parce
que l’enfant trépigne et/ou réclame son cadeau depuis longtemps.
Qui plus est parfois, avec la promesse de s’en occuper
lui-même !
Les priorités et intérêts d’un enfant évoluent avec l’âge et il
serait illusoire (et abusif) d’attendre de lui un pareil
engagement, sur 10 à 15 ans de vie de l’animal.
En intégrant un chiot dans une famille, les parents doivent donc
prévoir beaucoup de temps à lui consacrer personnellement, pour
l’aider à poursuivre son développement physique et
psycho-comportemental.
Les contraintes journalières de nourrir l’animal, l’éduquer, le
toiletter, le sortir plusieurs fois par jour, leur reviennent
absolument même s’ils peuvent déléguer parfois quelques tâches à
l’enfant, selon son âge et vérifiant que le chien est bien
respecté.
L’animal partenaire de jeux de l’enfant, avec ses limites à la
tolérance, ni « cheval à bascule » ni souffre douleur, est bien
sûr aussi sous l’entière responsabilité des parents, qui ont
pour devoir premier d’apprendre à l’enfant à respecter son
compagnon.
Idée cadeau à longuement maturer donc, en veillant au bon moment
pour l’adoption de l’animal (dans une franche concertation avec
les différents membres de la cellule familiale) autant qu’au
choix effectif du petit compagnon, en s’informant préalablement
des critères à privilégier, aux niveaux races et bonnes
conditions d’élevage (propices
au bon équilibre du petit animal).
A noter que
l'achat en animalerie ne garantit pas l'exacte provenance des
chiots à la vente...
Imposer
maladroitement un animal retentit sur lui
Pour se
construire et faire les premiers apprentissages de la vie près
des humains, un chiot a d’abord besoin de tranquillité
émotionnelle. Il peut ainsi reporter sur son nouveau
propriétaire l’attachement qu’il avait pour sa mère et sa
fratrie, desquels il vient d’être arraché brutalement. Ayant
perdu tous ses anciens repères de vie, c’est de toute
l’attention bienveillante de personnes disponibles dont il a
surtout besoin.
Il n’y a que
l’ardent désir d’avoir un petit compagnon, de l’avoir choisi et
attendu qui le fasse accueillir avec la spontanéité, la
tendresse, la douceur et la clémence qui éveilleront son
attachement.
Et sur le
socle de ce nouveau lien, naît la confiance d’un petit animal
prêt alors à se frotter aux durs apprentissages de la vie, dans
une société humaine.
Apprentissages que le petit animal ne peut pas
faire dans l’improvisation et la hâte, avec un nouveau
propriétaire tendu,
impatient et vite fâché, débordé qu’il est par ce chiot qu’il
n’attendait pas. Incapable de s’adapter assez vite, le chiot
devient rapidement décevant, et son propriétaire de moins en moins indulgent.
Les voilà tous
deux engagés dans la spirale infernale de l’animal non désiré
qui peine à s’ajuster, et qui vient rapidement faire penser « qu’il n’est décidément pas un cadeau ! »
Cette grande
disponibilité qu’exige un chiot est justement la qualité d’une
personne ou d’une famille qui ne s’est pas vue obligée
d’accueillir un petit être vivant, qu’elle ne peut alors
ressentir que comme une charge.
Offrir un chiot doit donc se limiter à proposer clairement le
cadeau que l’on est en mesure de faire, car la surprise
d’arriver avec un être vivant risque de n’être pas l’agréable
évènement que l’on prévoyait.
Proposer, respecter le désir, laisser le temps de la réflexion
et du mûrissement, laisser le choix au sens large et permettre
de construire le lien, c’est assurément là qu’est le véritable
cadeau à l’autre.
Danièle Mirat - Caniconsultante
Texte co-rédigé avec
Michel Quertainmont
- Caniconsultant - et publié dans le magazine "Chien Mag"
N° 9