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Texte publié dans la revue Atout chien n° 249 de novembre 2006
« J’aboie... A l’aide ! J’me sens perdu quand je suis seul... »
Après « j’aboie...
donc je suis ! » examinons dans ce second article consacré
aux aboiements, une autre expression sonore du chien : celle de
la détresse.
Les aboiements d’un chien laissé seul à la maison sont une
nuisance pour la famille elle-même et son voisinage. Pas
toujours bien compris comme vivant une réelle détresse,
l’aboyeur vocalise son désarroi face à une solitude qu’il ne
sait pas gérer émotionnellement. Des malpropretés ou des
destructions (autres formes d’expressions de la même détresse)
pouvant parfois s’ajouter aux vocalises.
Pourquoi certains chiens aboient-ils quand ils sont seuls et les
autres pas ?
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Les « racines du mal » sont souvent dans le jeune âge de
l’animal, et les conditions que l’on a pu lui offrir ou pas, de
découvrir assez tôt qu’il pouvait survivre décollé de ses êtres
d’attachement.
Un chiot propulsé dans l’univers de la famille qui l’accueille,
est un petit être qui vient de perdre les seuls repères de vie
sur lesquels il s’était construit en quelques semaines : sa
mère, sa fratrie, ses éleveurs (dans les bonnes conditions
d’élevage !)
Après le stress d’un voyage en voiture et la découverte de la
« nouvelle planète » où il débarque, le chiot n’a d’autre choix
que reporter sur son nouveau groupe, l’attachement qu’il avait
pour l’ancien.
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Et le voilà qui colle aux talons de ses nouveaux maîtres, ravis
eux-mêmes de susciter un si bel attachement !
C’est ce vif désir mutuel
d’échanges et de contacts, que l’on devra vite gérer
adroitement, pour initier le chiot (avide autant que nous de
présence) à un peu de solitude. Cela passe d’abord par faire
naître sa confiance, et sur cette base d’assise, on pourra
orienter le chiot vers un apprentissage du « vide effrayant » de
l’absence de ses nouveaux êtres d’attachement.
Les premières
nuits d'un chiot sont à bien gérer
Ce sont les premières nuits qui sont très difficiles pour le
chiot, qui généralement vocalise sa détresse s’il est isolé sans
aucune transition. Pleurs et aboiements auxquels on finit par
céder, parce qu’insupportables la nuit aussi bien pour le
voisinage que pour soi-même. Or, céder aux vocalises du chiot,
lui apprend maladroitement qu’il faut aboyer pour obtenir !
Pour ne pas se trouver dans ce ficelage, il est préférable
d’anticiper sur cette détresse vocale, en gardant le chiot près
de soi la nuit dans son panier, et c’est en journée que l’on
choisira de l’initier progressivement à être un peu seul dans
une pièce, quand on est dans une autre.
Bref : pour
ne pas précipiter un chiot dans un désarroi bien légitime, ne le
laissons pas seul dès le lundi matin, quand on est allé le
chercher à son élevage le samedi ! Organisons méthodiquement
notre avenir avec lui pour une commune tranquillité.
1er temps : Initier la confiance
Le désarroi d’un très jeune chiot
de 2 mois est très atténué, s’il reste dormir les premières
nuits dans la chambre de ses maîtres (dans son panier et non
dans le lit). Le fait de n'être pas isolé le rassure, il peut
dormir (et ses maîtres aussi !) Pas de déambulations anxieuses
en semant ses déjections partout, pas de pleurs ou hurlements...
Cette situation doit être provisoire, et il faudra savoir
instaurer une distance en éloignant le panier jusque dans une
autre pièce, pour assurer le futur bon équilibre du petit
animal.
Un chiot acquis à 3 mois ou plus (et moins fragile
émotionnellement qu’à 2 mois) peut ne rester que quelques jours
dans la chambre, le temps d’évacuer le stress de son arrivée en
terrain inconnu, et de tisser un nouveau lien d’attachement.
2è temps : Initier à l’absence
Parallèlement, lorsqu’on est présent en journée à la maison, on
peut vaquer à quelques courtes occupations dans une pièce en
maintenant le chiot dans une autre, afin de l’exercer à la
solitude. Le temps de prendre une douche, aller aux toilettes ou
passer un coup de fil, on peut ignorer complètement les
éventuels pleurs ou aboiements (à ces heures ils sont
supportables par le voisinage). Seulement quand le chiot est
calmé, on réapparait sans en faire un événement, donc sans lui
prêter attention. Petit à petit on allonge le temps passé dans
les autres pièces, puis plus tard on peut même sortir pour de
petites courses. Le chiot se familiarise ainsi progressivement
au banal de ces calmes allées et venues, et constate que les
absences sont toujours suivies de retours (surtout sans
spéciales effusions de joie !)
Quand il sait un peu rester seul sans stress en journée, c’est
le moment de l’éloigner la nuit en mettant son panier hors de la
chambre, et s’il y a quelques aboiements il faudra les ignorer
absolument.
Pas de « chut » ni de « ça suffit ! » à ce stade, il doit avoir
déjà observé qu’il ne lui sera pas répondu et il se calmera
vite.
Dans le quotidien de la relation, en s’abstenant de répondre aux
diverses sollicitations de caresses ou de jeux du chiot, mais en
étant soi-même à l’initiative de tout échange et sans abuser des
contacts avec lui, on évite qu’il soit d’autant plus en manque
quand on s’absentera.
L’objectif d’avoir un chiot (et plus tard un chien) paisible
quand il est seul, passe par ne pas être constamment en
interaction et « collage » avec lui quand on est présent, ce qui
est souvent l’inverse de ce que pratiquent les maîtres qui
s’éloignent de nombreuses heures pour leur travail ! Un animal
nourri de constantes interactions en notre présence, est
d’autant plus soumis au vide immense et brutal produit par notre
absence !
A retenir
Surtout, ne jamais sanctionner un chiot qui gémit ou aboie comme
il est encore souvent conseillé, par exemple en le « secouant
tenu par la peau du cou, soi-disant comme sa mère » ! Un chien
ne fait cela que pour tuer une proie ! Ce serait donc bien plus
que l’agresser sévèrement.
J’en profite pour souligner que toute brutalité sur un chiot et
plus tard sur un chien, est une bien piètre et méprisable
technique d’apprentissage ! A part faire passer sa colère sur
lui, on ne lui apprend pas un autre comportement que celui pour
lequel on le rudoie. J’ajoute qu’il ne faut pas hésiter à
considérer comme nuisibles, les personnes qui avancent de tels
conseils !
A méditer également sur l’usage de collier anti
aboiement... outil qui se révèle bien abusif sur un chien en
train d’exprimer une détresse !
(mon avis sur ce type de matériel:
Question
d'un internaute:
"Mon chien aboie...que
me conseillez-vous: collier anti-aboiements électrique ? à la
citronnelle...?")
Le comportementaliste aidera s’il le faut, pour conduire ce
travail d’organisation avec un chiot ou de réorganisation du
quotidien avec un adulte, qui ne sait pas gérer sa solitude.
Danièle Mirat
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