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De l’usage des colliers anti-aboiements
Co-rédigé avec
Michel
Quertainmont Comportementaliste
Les colliers anti-aboiements sont la plupart du
temps présentés comme inoffensifs, et c’est ainsi que le maire
d’une petite bourgade de l’Oise va même jusqu’à en proposer (cet
été 2007) le prêt gratuit dans sa commune.
Soutenus par certains professionnels, les
fabricants et revendeurs de ce matériel répressif en vantent et
garantissent l’usage facile et le coût modéré, pour des
résultats record et le tout sans dommage sur l’animal.
Peut-on raisonnablement se contenter de ces
arguments partisans et de cette facilité annoncée, sans
considérer la douleur et/ou la peur infligée(s) à l’animal pour
parvenir à réduire la nuisance de ses aboiements… ? Certainement
pas, car l’utilisation de ces « machines à faire taire nos
chiens » peut n’être pas sans conséquence, à la fois sur les
chiens eux-mêmes, mais aussi sur leur entourage.
Délinquant ?
Un chien qui aboie ou hurle est en pleine
expression de son état émotionnel (par exemple : peur, colère,
frustration, détresse de solitude) et de ses intentions
(maintenir ou rétablir une distance acceptable, alerter son
entourage d'une approche, faire savoir sa détresse ou son
inconfort …)
Informant ainsi autrui du contexte dans lequel il
se trouve, le chien « bruyant » n'est en rien à l'origine d'une
manoeuvre délinquante, mais plus justement dans une réponse
émotionnelle et comportementale à son environnement, au sens le
plus large du terme.
Les divers matériels répressifs proposés à la vente
Des modèles de colliers avec ou sans réglage de
divers degrés dits pudiquement de « corrections
électrostatiques », envoient au chien un signal sonore et une
décharge électrique punitive à la moindre de ses vocalises,
source de stress à laquelle il ne peut échapper, même s’il
continue d’avoir motif légitime (pour lui) d'aboyer.
Les appareils à jet de citronnelle qui expulsent
ce répulsif autour du nez du chien qui aboie, sont tout autant
nocifs que ceux qui envoient une décharge électrique. La
substance adhère en effet au pelage bien après l’aboiement,
continuant donc d’agir sans plus de rapport avec le signal qui
l’a déclenché, et laissant le chien sans possibilité de se
soustraire à cette odeur insupportable, pris entre ce qui le
pousse à aboyer et ce répulsif qui lui gicle au museau sans plus
le quitter !
Exercer de manière punitive et sans autre
formalité, la contrainte d’une décharge électrique ou de
substance répulsive sur ce qu’exprime l'animal, peut certes
faire entrevoir une trêve immédiate dans les désagréments
coupables, mais occulte de manière simpliste toutes les
conséquences que peut avoir une telle répression des
comportements.
N’agir qu’au niveau du symptôme (ici, les
aboiements) sans chercher à travailler sur les diverses causes
qui en sont à l’origine, dévoile le peu de cas qui est fait de
l’animal lui-même, dans cette surenchère de stress qui lui est
imposée.
Le symptôme risque de se déplacer
On observe des peurs et recherches de moyens de
fuite chez de nombreux chiens porteurs de ces colliers, ainsi
que des déplacements du symptôme-aboiement, quand l’animal
exposé au stress prolongé et/ou permanent des décharges
punitives, se voit débordé dans ses facultés adaptatives, et se
met en réaction à s’attaquer à son environnement.
Ces réflexes désordonnés pouvant prendre toutes
formes inattendues (autant indésirables que parfois dangereuses)
comme par exemple : creuser la pelouse ou déchiqueter les
végétaux, ou bien agresser le visiteur inattendu, le congénère,
le chat ou l’enfant qui court dans le jardin (malheureuses
victimes alors associées par le chien aboyeur, au surgissement
des décharges douloureuses).
On peut relater encore d’autres exemples de
glissement de l’aboiement vers d’autres comportements, mais
concernant cette fois l’usage parfaitement abusif d’un tel
matériel répressif, sur les chiens enfermés dans la maison et
vocalisant leur détresse de solitude et de séparation de leurs
propriétaires. Les décharges punitives empirent systématiquement
le désarroi de ces chiens, en affolant et poussant certains à
détruire portes, fenêtres et objets du mobilier, tout en
conduisant d’autres jusqu’à la panique (bavant, urinant et/ou
déféquant partout dans l’habitat).
Autant que les mésusages par des utilisateurs
inexpérimentés, de possibles défaillances du matériel peuvent de
surcroît soumettre le chien à des décharges intempestives sans
lien véritable avec ses vocalises, concourant ainsi à le
sanctionner de manière aléatoire et disproportionnée, et sans
plus de rapport avec le but recherché.
Faut-il ajouter que sur le plan physiologique,
l'utilisation de ces colliers peut non seulement provoquer un
profond état de détresse mais aussi causer de véritables
blessures ou infections au niveau du cou du chien, surtout par
temps humide.
Vers une démarche
responsable
Ces constats commandent donc d’adopter une
démarche plus responsable et respectueuse du bien-être animal,
pour résolution des problématiques de nuisances sonores par
aboiements.
Dans cette optique, l’approche individuelle et
spécialisée, menée au plus proche du chien et de son
environnement familial par le comportementaliste, permet de bien
cerner avec les propriétaires de l’animal, les diverses
situations causant les nuisances. Il y a toujours des solutions
pour réduire des aboiements, mais elle sont chaque fois
particulières et à évaluer au cas par cas dans le respect de
l’équilibre émotionnel du chien.
Une telle évaluation personnalisée et ses
solutions associées, réunissent assurément les conditions
d’éthiques auxquelles les propriétaires et les professionnels
(comportementalistes, éleveurs, vétérinaires, dresseurs,
éducateurs, toiletteurs) sont tous convoqués
En conclusion
On peut voir dans le collier électrique une
solution simple et rapide pour venir réduire les vocalises
gênantes de son chien. Considérons cependant que cet outil
présente un risque potentiel de blessures et de développement de
troubles comportementaux supplémentaires, ce qui transforme
alors cette tentative de résolution des problématiques de
nuisances sonores, en maltraitance portant atteinte aux droits
fondamentaux de l'animal.
Des
pays comme le Danemark, l’Allemagne ou l’Australie interdisent
ou restreignent déjà sévèrement l’usage du collier électrique.
La Suisse étend même cette interdiction (depuis 1999 !) à tous
les systèmes électroniques y compris ceux diffusant des odeurs
ou émettant des sons. A quand les mêmes mesures en France… ?
Danièle Mirat et Michel
Quertainmont
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