|
Texte publié dans le magazine Atout chien n° 236 d'octobre 2005
"Lui mettre
le nez dedans", n'est en rien une solution!
Voilà bien un mouvement spontané (quand ce
conseil n’est pas donné par certains professionnels* !) chez bon
nombre de personnes excédées devant les souillures de leur chien
dans l’habitation. Ou bien en découvrant la moquette, le mur,
les livres, le canapé déchiquetés, ou encore des trous dans le
jardin.
Il serait trop long d’énumérer tout ce dans
quoi on va mettre le nez de son chien, dans le but de lui faire
comprendre qu’il ne doit pas recommencer.
Or, à part faire passer sa colère sur son
animal en le brutalisant, rien d’éducatif et donc de productif,
ne lui est pourtant proposé dans cette démarche.
* A la décharge de nombreux maîtres soucieux de s’informer et
bien faire avec leur chien, il ne leur est pas toujours facile
de faire la part des choses entre les « bons conseils » et les
autres. On peut en effet lire tout et parfois son contraire sur
divers supports d’information. Reste que l’on peut s’interroger
sur ce qui poussera certains, à plutôt suivre les conseils de
rudesse et brutalité sur l’animal … !
Alors que penser de la sanction comme
conséquence mauvaise d’un comportement que l’on réprouve chez
son chien ?
La sanction n’est pas éducative
Avant de punir son chien, il y aura d’abord
à se demander quel est le motif du comportement qu’on lui
reproche ? Peut-être découvrira t-on alors que punir ne sera pas
une solution, car la sanction employée parce qu’on ne voit pas
d’autre moyen de faire face, risque d’avoir des effets hasardeux
voire opposés à ceux escomptés.
S’agissant des malpropretés d’un chiot,
plusieurs questions sont à se poser :
-
n’exigeons-nous pas de lui ce qu’il n’est pas encore prêt à
produire ? (ex : se retenir de trop nombreuses heures).
-
Lui avons-nous offert toutes les possibilités et facilités
d’apprendre ce que nous attendions de lui ? (ex :
disponibilité, patience, constance).
En ne procédant pas vraiment méthodiquement
pour l’acquisition de la propreté d’un jeune animal, mais au
contraire en allant successivement de conseils en recettes
(bonnes pour certains profils de chiots mais pas pour d’autres)
cela sans constance ni cohérence, on risque d’échouer dans ce
premier et difficile apprentissage à lui faire faire.
Mettre le nez du chiot dans ses pipis et
cacas (ce qui pour lui n’est pas répugnant donc pas dissuasif !)
ne lui apprendra pas un autre comportement.
(Attention de plus au risque de
coprophagie** chez certains chiots, qui chercheront ainsi par
peur, à dissimuler leurs propres selles).
** absorber des déjections
S’agissant des malpropretés d’un adulte il
y a lieu de déterminer le type de souillure entre élimination
naturelle, involontaire, marquage ou incontinence. Leurs motifs
étant spécifiques, ces différentes sources d’éliminations
indésirables dans la maison, ne conduiront pas aux mêmes
manières de remédier.
Pour exemple :
-
l’élimination naturelle peut être le fait d’un
chien trop longtemps retenu à l’intérieur
-
l’élimination involontaire d’un jeune adulte peut
être une pathologie qui l’entraîne à boire beaucoup (ex :
affection rénale ou diabète). Autre type d'élimination involontaire :
celle d’un chiot ou d’un chien très émotif. La joie à
l’arrivée de ses maîtres ou de visiteurs, comme la peur d’une
sanction ou l’anxiété à rester seul peuvent conduire l’animal
à ne pas se contenir
-
le marquage est une communication sociale du
chien, qui délibérément urine ou dépose des selles moulées
bien en vue dans l’habitation.
-
Même chose quand le chien de la maison « reçoit la
visite » d’un congénère (et veut affirmer sa dominance sur
lui) ou qu’il se distingue pareillement chez des amis ou la
famille ayant un chien. Tous ces marquages sont expression du
malaise de l’animal dans sa relation au sein de son groupe
familial. S’impose alors une réorganisation parfois radicale
des rapports que l’on entretient avec le chien, en instaurant
d’autres règles de vie avec lui.
S’agissant de destructions dans
l’habitation, le jardin, la voiture (souvent en l’absence des
maîtres) il y a lieu là aussi de s’expliquer les motifs de ces
conduites. Penser qu’ainsi le chien se vengerait c’est faire
fausse route, autant que d’ajouter « d’ailleurs, il sait qu’il a
mal fait, puisqu’il détale penaud à notre retour ». Il faudrait
que l’animal ait le sentiment d’avoir « commis une faute » pour
se sentir coupable, or il reste étranger à ces notions humaines
du bien et du mal. Il détale, pour se soustraire à la colère qui
s’abat sur lui, en s’aplatissant pour demander apaisement et
tenter de désamorcer tout conflit.
Parce que tous ces comportements de
souillures ou destructions ne sont pas identifiés comme
expressions d’incompréhension, d’inconfort, de peur, d’anxiété,
bref de détresses plus ou moins grandes de l’animal, il n’y est
pas réagit avec indulgence par ses propriétaires.
L’anthropomorphisme barre la route de la
compréhension d’un chiot ou d’un chien qui peine pourtant à
s’adapter à ce qui lui est proposé de vivre. Ces conduites
injustement interprétées comme des mauvaises volontés, des
laisser-aller voire des vengeances du chien, mènent à vouloir
les réprimer et les sanctionner au besoin par la force, en
secouant l’animal par le cou et lui mettant « le nez dedans » !
Ce qui est éducatif et productif
Si l’on prend son chien en plein « flagrant
délit de mauvaise action » on peut faire savoir
son désaccord avec un NON ! ferme qui sera alors productif,
uniquement si
comme autre condition on exprime systématiquement* son désaccord
devant ce même comportement indésirable. Car ce qui est permis
de temps en temps seulement ou avec les uns et pas avec les
autres du clan familial, ne fixe pas clairement l’interdit pour
le chien. A noter cependant que certains comportements sont à
ignorer quand ils sont en fait destinés à retenir l’attention
des maîtres. L’aide du comportementaliste s’avère nécessaire
pour mieux lire dans la complexité de ces motifs canins.
Devant tous les comportements indésirables
exercés hors de votre présence, mieux vaut donc garder le
contrôle de soi-même et ne pas céder à la colère. Mettre « le
nez du chien dedans » ne changera rien à ses motifs canins
légitimes de produire et reproduire ces comportements, si l’on
ne prend pas d’abord la mesure de ce qui les motive, et ensuite
le soin d’apprendre patiemment à son compagnon ce que l’on
attend de lui.
*On peut mesurer là que
cette condition pourtant indispensable, ne sera que
difficilement applicable dans la pratique... et pourtant... |