Texte publié dans le magazine "Atout Chien" n°225 de novembre 2004.
"Mourir
comme un chien!"
« Mourir ou même
crever comme un chien » :
désigne, sans équivoque pour personne, une mort misérable, abandonné de tous, quand
« tuer comme un chien » vient indiquer que cette mise
à mort sera sans pitié.
Faut-il encore
aujourd’hui qu’une mort de chien, puisse être à ce point misérable… ?
Aujourd’hui comme hier
Au cours de
l’histoire, l’être humain a réservé un sort inégal à
l’espèce canine, mais il a surtout constamment exploité ses
formidables et multiples dispositions (même les plus improbables !)
en les lui faisant payer du prix de sa vie.
Les chiens ont été
utilisés entre autres et plusieurs siècles durant, comme de véritables
médicaments.
Ici, contre la goutte on
mettait des emplâtres de graisse de chien … là, on préconisait
d’appliquer de la peau de chien contre les démangeaisons, ou
bien on soignait les migraines avec un petit chien chaud et
ouvert, posé sur la tête du malade, telle une bouillotte… !?
La liste peut encore
s’allonger de ces morts de chien pour servir l’Homme, parce
que de nos jours aussi, ce compagnon si apprécié meurt souvent
lamentablement comme objet d’expériences. On l’affame, le
drogue, le mutile, le jette même parfois vif aux ordures.
Malheureusement aujourd’hui, il n’y a pas que ces pauvres bêtes
qui sont objet d’une mort misérable comme victimes de la
vivisection, dans des laboratoires dits de recherches « fondamentales »
Le chien aimé de la
famille, devenu simplement « encombrant », peut aussi
être mis à mort en pleine force de l’âge, pour autant que les
formes légales soient respectées.
L’abattre soi-même
peut conduire à des poursuites judiciaires, mais confier ce
meurtre à une société dite « de protection » ou à
un professionnel dit « du bien-être » de ce même
animal, est socialement toléré.
Je parle de chiens
supprimés, « piqués » non pas parce qu’ils sont
handicapés par le grand âge ou une pathologie lourde, entraînant
des souffrances qui conduiront inévitablement à l’issue
fatale. Pour ceux là, je parlerais d’euthanasie, suivant cette
théorie selon laquelle il est licite d’abréger la vie d’un
incurable, pour lui épargner des souffrances.
Non, je parle là du
meurtre de ces chiens aux comportements agressifs, destructeurs,
en tout cas indésirables autant qu’inexpliqués. Leurs maîtres,
souvent incapables de s’impliquer en prenant la mesure de leur
responsabilité face aux conduites désordonnées de leur animal,
ont choisi de ne pas les garder en préférant penser que « c’est
la faute du chien »
Où sont les responsabilités ?
Tout comportement est
toujours une réponse à ce qui est vécu par le sujet dans son
quotidien, et ne peut donc être évalué que dans le contexte
relationnel dans lequel il apparaît.
Alors aujourd’hui,
peut-on encore penser qu’un chien devienne tout seul, dangereux,
destructeur ou peureux,? et
que ses maîtres puissent ne pas y être pour quoi que ce soit ?
Même s’ils ont fait
l’acquisition d’un chiot mal socialisé pendant ses 8 premières
semaines de vie, et qu’ensuite celui-ci se montre incapable du
moindre apprentissage, leur responsabilité est grande malgré
tout.
Avant toute acquisition,
s’informer des critères du choix d’un chiot relève du bon
sens, comme d’en vérifier les bases auprès de l’éleveur que
l’on aura retenu.
Des chiots qui n’ont
pas reçu les stimuli nécessaires à leur bon développement sur
leur lieu d’élevage sont malheureusement encore proposés à la
vente. Ces jeunes animaux peuvent se montrer effrayés par toute
nouveauté ou agités, mordilleurs à l’excès, voire agressifs
quand ils sont mis en contact avec humains ou congénères.
Incapables
d’apprentissages (ou presque) ces chiots débordent rapidement
leurs maîtres y compris certains professionnels consultés. La
responsabilité est alors collective, c’est aussi bien celle des
futurs maîtres inconséquents qui continuent de considérer le
chien comme un objet, et l’achètent sans s’informer de sa
bonne préparation à une vie de famille, que celle de certains
super marchés de l’animal ou d’éleveurs indélicats…
Faire l’acquisition
responsable et concertée, d’un chiot convenablement sociabilisé
chez un éleveur de qualité, n’est pas tout pour autant. Il
incombe ensuite au maître d’offrir à son petit animal, les
meilleures conditions de vie et de développement, et cela
d’abord dans le respect des codes sociaux qui lui sont propres.
Si les règles de vie
proposées à l’animal sont changeantes, voire inexistantes !
des comportements désordonnés de toutes sortes (symptômes de
ses difficultés d’adaptation) ne tardent pas à apparaître à
la surprise générale.
Certains rituels de
priorité d’accès à la nourriture ou de gestion de l’espace
et des interactions par exemple, sont pourtant réducteurs
d’ambiguïté pour le chien et favorisent l’harmonie des
relations. Ne pas prendre la peine de les connaître, les
appliquer et dans quels buts, c’est s’exposer à mettre en
place une relation basée uniquement sur les idées reçues où règne
l’anthropomorphisme. Selon les contextes familiaux, d’incompréhensions
du chien en incompréhensions des maîtres, les relations peuvent
se détériorer et déboucher sur des conflits, avec un animal
devenu semble t-il ingérable.
Ce sont pourtant des
interprétations erronées de leurs comportements, des attentes
inconsidérées, des rôles antagonistes parfois impossibles à
assumer, et l’anthropocentrisme en général, qui ont poussé
ces chiens à des conduites inacceptables pour leurs maîtres.
Trop de ceux-ci sont
vite enclins à dresser ou médicaliser l’animal, autant que
prompts à croire qu’alors tout aura été tenté.
Ils « oublient »
de penser qu’essayer de comprendre et changer leur modèle de
relation, éviterait souvent de conclure qu’il n’y a plus
qu’à se « défaire » par la mort de cet animal
devenu ingérable « par leurs soins » (avec si
possible la bénédiction du professionnel!)
C’est ainsi que
quantité de ces chiens-là finissent de cette mort appelée
hypocritement « euthanasie » et que je juge bien misérable.
Danièle
Mirat
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