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Texte publié dans le magazine Atout chien n° 243 de Mai 2006
« Fou
comme un jeune chien »
Ou variante péjorative : « bête comme un jeune
chien »...
On dit facilement d’un petit garçon étourdi et
folâtre, qu’il est « fou » et parfois même « bête » comme un
jeune chien.
« Fou » n’est plus guère réservé pour qualifier
l’aliénation d’esprit, mais se dit plutôt d’un individu aux
comportements sortant de l’ordinaire (excessifs, intrépides ou
absurdes, insensés, déraisonnables, etc...) quant à l’adjectif,
« bête » il est résolument injurieux, avec une volonté de
ramener à l’idée de stupidité animale.
Je ne discuterai pas des raisons qui font
qualifier l’enfant de fou ou bête « comme un jeune chien » mais
du mépris contenu dans le comparatif : fou ou bête « comme »...
un jeune chien.
Comme à l’habitude dans cette rubrique je trouve
ces épithètes péjoratives parfaitement injustes à l’égard d’un
chien, et d’un chien jeune qui plus est.
Il faut bien que jeunesse se passe !
Un chiot est réactif, spontané, curieux. De
nombreux mois durant, surtout pour des grandes races à maturité
tardive, il se montre d’un naturel distrait, maladroit,
inconstant et étourdi... mais cela n’est-il pas justement le
propre de toute jeunesse, quelque soit l’espèce ?
Chez les jeunes chiens, il y a bien sûr des plus
ou moins farceurs, intrépides et impertinents, des plus ou moins
bricoleurs et décorateurs, jardiniers-amateurs,
aboyeurs-sans-retenue ou sauteurs-sur-tout-le-monde.
Du drôle au gênant, la limite est vite franchie
pour qu’un jeune chien simplement immature soit cet animal
sur-excitable et vite incontrôlable dans ses comportements du
quotidien, pour conclure un peu vite que l’on ne peut rien en
tirer, tellement il est bête ou fou.
Il ne faudrait pas confondre immaturité,
apprentissages incomplets et comportements mal adaptés du jeune
chien, avec excitation et conduites incontrôlables d’un animal
en quête éperdue de repères stabilisants.
Canaliser le jeune chien
Toute la fougue de sa jeunesse a besoin d’être
canalisée, pour que le jeune chien puisse devenir ce compagnon
agréable qui sait ce que l’on attend de lui.
Mais comment saura-t-il bien se comporter en
famille et en société, sans la disponibilité et les
qualités d’indulgence, d’adresse, de patience
et de constance de ses maîtres ?
-
Disponibilité :
parce qu’un chiot n’apprend rien quand il est laissé seul et
inactif des journées entière !
-
Adresse :
parce que, si l’on ne sait pas bien apprendre à son chiot, il
n’en sera pas responsable !
-
Indulgence
et patience : parce que l’on ne peut jamais exiger
qu’il fasse « bien » du premier coup !
-
Constance :
sinon comment obtenir celle d’un chiot, si l’on n’est pas
capable soi-même de cette qualité !
Initier d’abord la confiance et devenir de parfaits instructeurs,
sont donc les deux premières tâches du nouvel acquéreur d’un
chien, pour que celui-ci puisse apprendre petit à petit à
adapter ses comportements à la vie quotidienne des humains.
Identifier le stress du jeune chien
Les manques d’attention du chiot (ou plus tard du
jeune chien), ses agitations, son obéissance inégale, ne sont
pas des mauvaises volontés, des laisser-aller, voire des
vengeances comme le pensent trop souvent les maîtres.
Le jeune animal vit des tensions diverses
(relationnelles et/ou environnementales), et les exprime par des
attitudes et conduites agitées, qui trahissent le plus souvent
ses difficultés à trouver le bon comportement en face de ce que
l’on exige.
Exemples :
-
Il est « tout
fou » justement, ne tient pas en place et paraît faire
n’importe quoi... il est « hors de lui » et donc assez
inatteignable
-
Il est
toujours en alerte au moindre mouvement du maître ou moindre
changement de l’environnement, il réagit comme mû par un
ressort
-
Il est
incapable d’attention et de concentration, tout simplement pas
en « état d’entendre » (à différencier du chien retenu par une
occupation gratifiante pour lui : attiré qu’il est par un
congénère par exemple, par une trace de gibier ou une odeur de
femelle en chaleur...)
-
Il halète
rapidement (des halètements autres que ceux d’après l’effort
soutenu du chien quand il fait chaud)
-
Il bâille
beaucoup (et rien à voir avec les bâillements de fatigue des
moments de repos)
Tout cela, et aussi le fait de se secouer souvent,
s’ébouer et /ou se gratter nerveusement (surtout au niveau du
cou), sont autant de signes de stress que le jeune animal
extériorise.
Savoir bien réagir
La
solution n’est pas de vouloir réprimer ces manifestations qui
sont expressions d’émotions et de fortes tensions intérieures,
dont le chiot ou le chien cherche justement à se libérer.
Au
contraire, on doit chercher à soulager ces tensions, sans en
rajouter avec des agacements et des rudesses, pour voir l’animal
plus attentif une fois décontracté.
Pour
l’exécution d’une tâche et si l’agitation monte, attention en
premier lieu à la possible incompréhension du chiot (bien plus
courante que beaucoup de maîtres ne sont prêts à l’admettre, car
elle remet en question leur propre capacité à se faire
comprendre).
Devant tout type d’excitation du chien, mieux vaut
par exemple se détourner et se désintéresser un instant de lui,
pour qu’il trouve à s’apaiser tout seul plus vite.
Ex : les agitations combles au moment des retours
à la maison, à l’arrivée de visiteurs (connus ou non), ou au
moment de partir promener (mise en laisse « sportive »), ou dans
la voiture, ou au moment des repas... à tous ces moments,
initier le calme de son jeune chien : c’est simplement ne pas
lui répondre.
Ensuite on peut recommencer calmement à zéro (le
chien réagit mal et/ou apprend mal s’il est bousculé) un ordre,
un exercice ou un apprentissage quelconque, et être soi-même
immédiatement joyeux et très gratifiant à l’exécution réussie.
A noter que toute nouveauté, toute situation
inhabituelle (lieu et/ou rencontre) peut susciter la maladresse
du jeune animal, par l’inquiétude légitime voire la méfiance qui
peut l’animer.
Pour qu’il trouve en lui les ressources de gérer
cette situation, on va l’aider efficacement en lui permettant
d’analyser les choses à son rythme, sans exercer de contrainte
et tout en restant soi-même calme et patient.
Savoir bien gérer les émotions de son chiot et
bien gérer ses apprentissages de la vie familiale et sociale en
général, conduira alors à cohabiter et se promener avec un
compagnon à 4 pattes, dont on ne dira pas qu’il est « fou ou
bête » mais « amusant et gai » comme un jeune chien.
Danièle Mirat
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