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Texte publié dans le magazine "Molosses News" n°38 de Juillet/Août 2005.
Bonheur des uns, cauchemar des autres : les balades avec un
molosse
Co-rédaction de Danièle Mirat et
Laurence Bruder-Sergent :
http://www.comportement-canin.com
Partir en promenade avec son molosse peut être un moment
plaisant pour beaucoup de maîtres, ou au contraire difficile
voire redouté par d’autres, incapables de bien contrôler leur
animal à l’extérieur.
Des
chiens de grandes ou petites races molossoïdes sont parfois peu
sociables, distants voire menaçants avec leurs congénères, les
êtres humains, ou les deux à la fois !
De nombreux mâles sont spécialement
sourcilleux avec leurs congénères du même sexe (les femelles
leur disputant parfois cette réputation) et très prompts à aller
« s’expliquer » de manière musclée dans leurs rencontres.
Favoriser une bonne socialisation aux congénères
(consciencieusement menée depuis le plus jeune âge) et
travailler le bon contrôle du chien avec une relation clairement
organisée autour de rigoureuses règles de vie, tempèrent
beaucoup ces intolérances et peuvent façonner un molosse tout à
fait équilibré.
Des rencontres pas faciles
Typox le Dogo n’est pas resté avec sa mère et sa fratrie pendant
8 semaines (strict minimum pour le bon développement d’un
chiot). De ce fait mal socialisé à sa propre espèce, il redoute
ses congénères et cherche plutôt à les fuir, mais lorsqu'il est
maintenu en laisse sur les trottoirs, terrifié, il les agresse
bruyamment dès qu’il en aperçoit qui cheminent non loin.
Ulma la Cane Corso, n’a connu que des chiens dans son chenil
isolé, où seul l’éleveur distribuait la nourriture sans
véritables interactions. Elle est folle de joie quand elle
aperçoit un autre chien, mais croiser tout humain petit ou grand
en promenade la met dans le plus grand désarroi. Elle tente
alors de freiner leurs approches en les menaçant avec
grondements et aboiements.
Spot le Dobermann, ne sort pas souvent de son jardin, en
conséquence il n’est pas très à l’aise par manque de
familiarisation avec tout son environnement. Quand ses maîtres
le lâchent, il court après tous les joggers, cyclistes et
enfants qui se poursuivent en jouant.
Les difficultés de Rustine la Boxer
ne sont pas les mêmes. Ses maîtres ont perdu leur précédent
compagnon dans une bagarre qui a mal tourné avec des chiens
rencontrés en promenade. Ils sont maintenant très crispés dans
leurs balades, guettent anxieusement toute approche du moindre
canidé, et malgré eux, communiquent leur appréhension à Rustine.
A la moindre tension de sa laisse, avertie que quelque chose de
suspect se profile, la jeune molosse réagit fortement et de plus
en plus inquiète. Au fil des sorties et par peur à son tour,
elle est devenue menaçante elle aussi.
Pour plus de facilité
Les
meilleures rencontres entre chiens se font quand ils sont tous
lâchés.
Échanges de regards, flairages, frôlements, battements de queue,
hérissement du poil et positionnement des oreilles permettent à
chacun d’évaluer l’autre et ses intentions.
Vont-ils jouer ensemble ou passer leur chemin? En tout cas leur
approche est naturelle et sans entrave.
En ville nous devons tenir nos
compagnons en laisse, et leurs rencontres ne sont pas
facilitées.
Tiré et tenu souvent fermement par
un maître un peu inquiet et malhabile, l’animal se sent
vulnérable et grogne ou aboie, surtout et avant tout
par peur. Il veut freiner toute approche à laquelle il ne se
sent pas capable de faire face, parce qu’il est attaché.
Pour parer toute éventualité, il
dispose pourtant de moyens naturels qu’il pourrait utiliser s’il
n’était pas en laisse :
-
l’immobilisation,
le temps de jauger et de s’ajuster au type d’approche, amicale
ou offensive de l’autre
-
ou la
fuite, s’il lui semble que l’autre a des
intentions plutôt belliqueuses et qu’il ne tient pas à
l’affronter
-
ou bien encore
l’attaque, s’il se sent au contraire tout
a fait prêt à s’imposer et se croit en mesure d’avoir le
dessus sur l’autre individu
On
comprendra mieux ainsi l’inconfort (et donc les menaces) de
certains chiens en laisse qui voient arriver vers eux un
congénère en liberté !
Le
chien « libre » peut (dans le meilleur des cas) être assez
décontracté ou « intimidé » par les menaces de l’entravé, et
passer son chemin au large. Ou au contraire il peut décider de
« s’expliquer » avec ce menaçant qui ne l’impressionne pas du
tout et vouloir alors engager un combat avec un chien qui ne
pourra strictement rien pour lui-même.
Des responsabilités collectives
Dès
son plus jeune âge, de multiples facteurs peuvent retentir de
façon défavorable sur l’équilibre psychique et comportemental
d’un chien, pouvant l’amener à des peurs et des conduites
agressives en extérieur.
On
recense notamment :
-
L’isolement en
chenil ou en boxes à l’élevage, qui ne prépare pas des chiots
bien sociables soit avec les congénères soit avec les humains
(ex : Ulma). Rappelons que la nouveauté fait peur, et que si
les chiots n’ont pas été suffisamment familiarisés aux
« deux » ou aux « quatre pattes », il est possible qu’ils les
craignent à l’âge adulte.
-
Le retrait
prématuré des chiots de la portée. La mère n’a pas le temps
d’initier toute la fratrie aux codes sociaux qui régissent les
échanges entre chiens (ex : Typox)
-
Le manque de
socialisation dès l’acquisition d’un chiot par ses
propriétaires (même avant ses derniers vaccins) avec
des sorties ludiques en zones nature et urbaine pour des
rencontres multiples et variées (ex : Spot)
-
Les possibles
expériences traumatisantes de sa 7è à sa 14è semaine (et même
plus tard pour certaines races molossoïdes)
-
Les craintes
de ses maîtres pour sa vie (ex : Rustine). On néglige trop
souvent l’impact de l’état émotionnel du maître sur son chien,
véritable éponge affective qui perçoit finement les émotions
de l’humain
-
La
méconnaissance qu’ont les propriétaires de chien, du pouvoir
tranquillisant d’une relation clairement organisée autour de
règles de vie non changeantes au gré des humeurs et des
emplois du temps.
Préventivement
En
France, contrairement à l’Allemagne, nous manquons de lieux de
rencontre où chiots et chiens pourraient s’exercer en toute
liberté et sécurité à parfaire leur socialisation, pour qu’ils
expérimentent avec leurs maîtres qu’il n’y a pas que des risques
à fréquenter des congénères.
Pendant la période de forte
attraction sociale de leurs 12 premières semaines de vie, les
chiots qui sortent peu et ne vivent pas de multiples expériences
sociales positives à l’extérieur, seront moins confiants et
hardis lors de leurs futures sorties.
Les contacts avec des chiens de
races diverses, adultes ou non et se déroulant précocement de
manière ludique, façonnent un chiot sociable pour plus tard.
Comme des adultes n’agressent pas « un petit » il est bon de
favoriser toutes les rencontres puisque le chiot n’a rien à
craindre d’eux.
A l’adolescence par contre, les
relations changent entre chiens, et certains mâles ne sont plus
très souples avec les autres individus de même sexe. C’est
justement une socialisation précoce et poursuivie toute
l’adolescence, qui peut atténuer cela.
De
même la confrontation précoce et progressive avec le
tumulte urbain, les rencontres de congénères en laisse et
d’humains petits et grands à pied, à vélo ou en rollers
familiarise le chiot à toutes ces situations singulières, qui
petit à petit deviennent son ordinaire. (Le tout renforcé de
façon positive par le maître jusqu’à l’âge adulte)
Quelques remèdes
Suivant les contextes et lieux de promenade, il est responsable
d’éviter les rapprochements et de savoir tenir son molosse en
laisse quand alentour d’autres sont en laisse aussi. Beaucoup de
personnes sont impressionnées et ont peur pour leur chien en
voyant arriver vers eux des molosses. La grande disproportion
des tailles, ou même des âges (entre un Rottweiller et un Cocker
par exemple) ne peut qu’être dommageable au petit s’il y avait
combat.
Si
par contre les autres chiens sont en liberté, on a le choix de
lâcher le sien à la condition d’avoir un excellent contrôle sur
lui. On doit être en mesure alors de réguler n’importe lequel de
ses comportements, y compris celui de la fuite avec un bon
rappel.
C’est ainsi qu’il est sage de savoir s’écarter de maîtres que
l’on repère mal assurés avec leurs chiens, en rappelant le sien
pour prendre un peu de distance, et ne pas risquer un
rapprochement conflictuel.
Si
un chien est craintif, on peut le laisser évoluer en liberté
dans un lieu clôturé avec des chiens paisibles et joueurs,
éventuellement des femelles si c’est un mâle inquiet. Cela
commencera par restaurer sa confiance en lui puisqu’ il
constatera que les autres chiens ne sont pas des ennemis. On
augmentera peu à peu les difficultés, en introduisant dans le
groupe un mâle assez calme, et ainsi de suite. Cette
habituation/désensibilisation est délicate et l’on peut se faire
aider par un comportementaliste pour la mener, car une
maladresse pourrait faire régresser l’animal.
La
convoitise pour un même objet peut déclencher une bagarre.
Évitez donc de lancer un jouet à votre chien lorsqu’il y en a
d’autres à proximité, car les chiens ne sont pas tous
partageurs, loin de là !
Les
déplacements rapides de joggers, cyclistes, enfants en rollers,
ou simple landau poussé par une maman peuvent déclencher
l’instinct de prédation* du chien, et c’est alors la
course poursuite de ce qui figure une « proie ». Au maître de
développer une grande vigilance et un meilleur contrôle pour
stopper le molosse avant qu’il ne s’élance.
Certains enfants combinent plusieurs attitudes : ils crient,
gesticulent, agitent des jouets. Tout pour plaire à un chien qui
peut vouloir participer ou « mettre bon ordre » dans ce chahut !
Prêtez attention à des petits bouts
de chou qui peuvent être très effrayés par un molosse se
précipitant vers eux, amicalement ou non !
A vous donc d’apprendre à canaliser
votre chien, pour la sécurité de tous.
Un
chien se montre parfois menaçant avec les passants, semblant
sans peur vouloir « protéger » les siens et empêcher qui que ce
soit de les approcher. Gérer les rencontres en général est à la
charge de ses maîtres, et si c’est le chien qui se croit investi
de ce devoir, c’est qu’il n’est pas clairement à sa place dans
sa relation avec ses propriétaires. Une réorganisation du
système relationnel s’impose alors avec un comportementaliste.
Conclusion
On
s’en aperçoit au moment des sorties, il est très exigeant
d’avoir un molosse. Ses maîtres doivent d’abord savoir faire le
bon choix d’un chiot auprès d’éleveurs sérieux et responsables.
Ensuite ils doivent veiller à développer toute sa vie durant la
grande sociabilité de leur animal, en même temps que leur
parfait contrôle sur lui, au risque sinon de participer à
renforcer une mauvaise réputation déjà largement répandue sur
les molosses.
Les
professionnels que sont le comportementaliste et le dresseur (ou
l’éducateur canin comme on voudra l’appeler) sont là pour les
aider tout au long de cette démarche, chacun dans son domaine de
compétence.
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Instinct de chasse
Co-rédaction de Danièle Mirat et
Laurence Bruder-Sergent :
http://www.comportement-canin.com
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