|
Texte publié dans le magazine Santé pratique animaux de septembre 2005
Co-rédaction de Danièle Mirat et
Laurence Bruder-Sergent :
http://www.comportement-canin.com
Promenades en liberté: vous y
êtes-vous préparé, vous et votre chien ?
Avoir un chien pour compagnon, c’est l’obligation
de le sortir pour ses besoins naturels et sa bonne santé, au
minimum 3 fois par jour s’il vit en appartement. Même s’il
dispose d’un jardin, le chien aura besoin de se promener au
moins 1 fois quotidiennement, pour maintenir sa forme physique
et son équilibre. C’est au cours de ces balades que des
difficultés peuvent surgir dans les diverses rencontres faites
en environnement urbain ou de nature.
Se promener avec son chien n’est pas aussi simple
qu’on pourrait le croire et le propriétaire et son animal ont de
fait à se préparer, pour que ces sorties indispensables soient
un moment plaisant.
Pour tout acquéreur d’un chien, il faut savoir que
cet animal doit être familiarisé très précocement et
graduellement à tout ce qu’il pourra rencontrer dans son
environnement, et qu’il faudra apprendre à le contrôler en
toutes circonstances.
Si ces 2 conditions ne sont pas respectées, les
promenades pourront devenir ce moment si redouté par de nombreux
maîtres de chiens dits peu sociables, distants voire menaçants
avec leurs congénères, les êtres humains, ou avec les deux à la
fois !
Dès son plus jeune âge, de multiples facteurs
peuvent retentir de façon défavorable sur l’équilibre psychique
et comportemental d’un chien, pouvant l’amener à des peurs et
des conduites agressives en extérieur et transformer les balades
en cauchemar.
Quelques exemples :
-
Tempo le Jack Russel n’est pas resté avec sa mère
et sa fratrie pendant 8 semaines (strict minimum pour le bon
développement d’un chiot). De ce fait mal socialisé à sa
propre espèce, il redoute ses congénères et cherche plutôt à
les fuir. Mais lorsqu'il est maintenu en laisse sur les
trottoirs, terrifié, il les agresse bruyamment dès qu’il en
aperçoit qui cheminent non loin.
-
Ulma la Cane Corso, n’a connu que des chiens dans
son chenil d’un élevage isolé, où seul l’éleveur distribuait
la nourriture sans véritables interactions. Très attachée à
ses nouveaux maîtres, elle est folle de joie aujourd’hui quand
elle aperçoit un congénère, mais croiser tout humain petit ou
grand en promenade la met dans le plus grand désarroi, jusqu’à
vouloir se jeter sur les enfants qui veulent la caresser. Elle
tente de freiner leurs approches en les menaçant avec
grondements sauts et aboiements.
-
Spot le Dobermann, n’est pas sorti souvent de son
jardin. En conséquence il n’est pas très à l’aise par manque
de familiarisation avec tout son environnement. Quand ses
maîtres le lâchent, il court après tous les joggers, cyclistes
et enfants qui se poursuivent en jouant.
-
Vinyl la
jeune labrador, sympathise avec tous les labradors de couleur
noire, car elle n’a connu que cette variante parmi ses
congénères, au sein de l’élevage où elle est née et restée
jusque l’âge de 6 mois. Toute autre race de chien de couleur
ou taille différente, l’inquiète au point de générer de
violentes attaques de sa part.
-
Les difficultés de Rustine la Boxer ne sont pas
les mêmes. Ses maîtres ont perdu leur précédent compagnon dans
une bagarre qui a mal tourné avec des chiens rencontrés en
promenade. Ils sont maintenant très crispés dans leurs
balades, guettent anxieusement toute approche du moindre
canidé, et malgré eux, communiquent leur appréhension à
Rustine. A la moindre tension de sa laisse, avertie que
quelque chose de suspect se profile, la chienne réagit
fortement et se montre de plus en plus inquiète. Au fil des
sorties et par peur à son tour, elle est devenue menaçante
elle aussi.
Prévoir une vie et des balades paisibles avec un chien :
-
Éviter
l’achat d’un chiot dans un élevage où l’isolement en chenil ou
en boxe ne le prépare pas à être bien sociable avec ses
congénères ni avec les humains. (En ajoutant que l'achat de
chiot en animalerie, ne donne aucune indication vérifiable des
bonnes conditions d'élevage). Tout ce qui est nouveau fait
peur, et si des chiots n’ont pas été suffisamment familiarisés
très tôt aux « 2 ou aux 4 pattes », il est courant qu’ils les
craignent à l’âge adulte (ex :Vinyl ou Ulma)
-
S’informer du
possible retrait prématuré des chiots d’une portée. La mère
n’a alors pas le temps d’initier toute la fratrie aux codes
sociaux (de salutation, dominance, soumission) qui régissent
les échanges entre chiens (ex : Tempo qui n’a pas pu profiter
de ces acquis)
-
Poursuivre la
socialisation du chiot (entamée à l’élevage) et cela dès son
acquisition, avec des sorties ludiques (même avant ses
derniers vaccins) en zone urbaine ou de nature pour des
rencontres multiples et variées (ce dont Spot n’a pas profité)
-
Éviter les
expériences traumatisantes d’un chiot en promenade, de sa 7è à
sa 14è semaine (et même au-delà pour certaines races à la
maturité tardive)
-
Prendre
l’aide d’un comportementaliste si l’on a vécu soi-même une
expérience traumatisante avec un précédent chien (ex : les
maîtres de Rustine). On néglige trop souvent l’impact de
l’état émotionnel du maître sur son chien, véritable éponge
affective qui perçoit finement les émotions de l’humain
-
Ne pas
méconnaître et négliger le pouvoir tranquillisant d’une
relation clairement organisée autour de règles de vie non
changeantes, au gré des humeurs et des emplois du temps. Un
maître leader dans sa relation au quotidien est rassurant pour
son chien.
Les rencontres faciles entre congénères
Les meilleures rencontres entre chiens, se font
quand ils sont tous lâchés. Échanges de regards, flairages,
frôlements, battements de queue, hérissement du poil et
positionnement des oreilles permettent à chacun d’évaluer
l’autre et ses intentions.
Vont-ils jouer ensemble ou passer leur chemin ? En
tout cas leur approche naturelle et sans entrave est aisée.
En ville comme nous devons tenir nos compagnons en
laisse, leurs rencontres ne sont pas facilitées.
Tiré et tenu souvent fermement par un maître un
peu inquiet et malhabile, l’animal peut se sentir vulnérable et
grogner ou aboyer, surtout et avant tout par peur. Il veut
freiner toute approche à laquelle il ne se sent pas capable de
faire face, parce qu’il est attaché.
Quand il est libre de toute entrave (c.à.d. sans
laisse) un chien dispose de moyens naturels qu’il peut utiliser
pour parer toute éventualité dans ses rencontres.
Ces moyens sont :
-
l’immobilisation,
le temps de jauger et de s’ajuster au type d’approche,
amicale ou offensive de l’autre
-
la fuite,
s’il lui semble que l’autre a des intentions plutôt
belliqueuses et qu’il ne tient pas à l’affronter
-
ou
l’attaque, s’il se sent au contraire tout a fait
prêt à s’imposer et se croit en mesure d’avoir le dessus sur
l’autre individu
Aucun de ces moyens n’est accessible à un chien en
laisse et on comprend mieux ainsi son possible inconfort (et
donc ses menaces) quand il voit venir vers lui un congénère en
liberté !
Le chien « libre » peut décider d’attaquer ce
chien qui lui ne pourra pas se défendre. Mais il peut aussi être
« intimidé » par les menaces de « l’entravé » et faire un détour
ou bien être assez décontracté et l’ignorer.
Rattacher son compagnon quand on croise des chiens
en laisse ou à l’inverse le lâcher si d’autres sont libres, peut
donc souvent faciliter bien des rencontres. (Il est bien entendu
que l’on ne pourra laisser des chiens s’ébattre en liberté, que
si les maîtres ont développé un excellent contrôle sur leur
compagnon respectif)
Pour commencer
C’est d’abord une bonne qualité de socialisation des chiots à
l’élevage, qui favorise leur épanouissement optimal à la fois
physiquement, psychiquement et socialement, et les prépare à
être confiant et ouvert à des rencontres aisées avec des
congénères et des humains, qui a priori ne seront pas à
redouter.
Les meilleures conditions d’élevage façonnent des chiots faciles
à éduquer, mais le plus gros du travail reste à la charge des
acquéreurs, pour en faire des chiens bien intégrés dans la
société.
Dès l’acquisition du chiot, des sorties variées
effectuées précocement, avec rencontres et contacts de chiots et
de chiens aux morphologies diverses, garantiront pour plus tard
un chien sociable avec ses congénères en balade.
Il est préférable de procéder à ces premières
rencontres dans un environnement calme et propice aux jeux, chez
soi ou hors de la ville et son tumulte.
Pour les premières sorties « besoins » s’il l’on
habite en ville, on choisira les larges trottoirs de rues où la
circulation automobile n’est pas trop intense. Une immersion
trop brutale dans les bruits et l’agitation d’un centre ville
bondé, ne ferait que rendre le chiot craintif et réticent
ensuite à y circuler. Si l’on habite à la campagne, lui faire
découvrir très tôt la ville garantira de pouvoir plus tard
l’emmener partout en vacances.
Toutes les confrontations précoces et progressives
avec le tumulte urbain ou la campagne et la forêt, les
rencontres de congénères en laisse ou non, d’humains petits et
grands à pied, à vélo ou en rollers, familiarisent le chiot à
toutes ces situations singulières, qui petit à petit deviendront
très ordinaires. Encore faut-il lui faire faire
toute
nouvelle rencontre de manière ludique et positive, car ce qui
est vécu très tôt comme néfaste laisse des traces parfois toute
la vie.
Avoir le contrôle
Pour tout acquéreur d’un chien, tout doit et peut
s’apprendre et même de sortir en promenade avec son compagnon à
4 pattes !
Savoir faire marcher son chien en laisse
calmement, le faire revenir au rappel une fois lâché, faire en
sorte qu’il reste attentif aux ordres malgré la présence
d’autres chiens, nécessite parfois de faire appel à un
professionnel.
Un dresseur ou un éducateur canin comme on voudra
l’appeler, peut proposer aux personnes inexpérimentées de
connaître les bons gestes ainsi que les maladresses à ne pas
commettre, pour obtenir le bon contrôle de l’animal en
extérieur.
L’exercice du rappel est le conditionnement le
plus important à mettre en place dès le plus jeune âge du chien.
C’est un dressage souvent assez difficile à réaliser avec
patience et longueur de temps (c’est ainsi que l’on ne lâche un
chiot ou un jeune chien que dans des endroits sécurisés, tant
que le rappel n’est pas parfait) dressage qu’il faudra
poursuivre et renforcer toute la vie de l’animal, pour sa
sécurité et celle de tous.
Attention cependant à ne prétendre faire marcher
sans tirer, ou contrôler de loin et faire revenir au rappel à
l’extérieur, un chien qui n’en fait qu’à sa tête à la maison !
Les meilleurs résultats d’obéissance en séances d’éducation
canine, sont obtenus si le chien est bien encadré dans sa
relation au sein de sa famille, et n’a pas de problème de
comportement. Préalablement au dressage et pour son
optimisation, le comportementaliste peut aider à la bonne
organisation des rapports au quotidien avec le chien.
Les déplacements rapides de joggers, cyclistes,
rollers ou d’un simple landau poussé par une maman peuvent
déclencher l’instinct de prédation* d’un jeune chien, et c’est
alors s’il est lâché, la course poursuite de ce qui figure une
« proie ».
Les cris d’enfants en promenade qui jouent et qui
courent peuvent aussi pousser le chien à vouloir participer ou
« mettre bon ordre » dans ce chahut !
C’est à tous ces moments que l’on mesure la
nécessité de développer une grande vigilance et d’avoir appris à
bien canaliser et réguler les comportements de son chien.
Ayant pourtant été bien sociabilisé aux humains,
un chien peut se montrer menaçant avec les passants quand on se
promène en famille. Il semble sans peur vouloir « protéger les
siens » et empêcher qui que ce soit de les approcher. Gérer les
rencontres est à la charge de ses maîtres, et si c’est le chien
qui se croit investi de ce devoir, c’est qu’il n’est pas
clairement à sa place dans sa relation avec ses propriétaires.
C’est une réorganisation du système relationnel qui s’impose
alors avec le comportementaliste.
*
Instinct de chasse
Conclusion
Pour avoir un chien, il faut le sens des
responsabilités, et l’on s’en aperçoit surtout au moment des
sorties. Rien n’est acquis d’avance, tout se prévoit, se
prépare et s’apprend. Les propriétaires de chien sont-ils
tous prêts à ce que soit possible la bonne intégration de leur
animal dans leur famille et la société ou veulent-ils laisser le
hasard décider ?
Co-rédation
de Danièle Mirat et Laurence Bruder Sergent
Comportementaliste spécialistes des relations
Homme/Chien
Danièle Mirat
|