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Texte publié dans le magazine Atout chien n° 232 de juin 2005

 

"Parler à quelqu'un comme à un chien!"

 

Il ne fait aucun doute que parler à quelqu’un « comme à un chien » c’est ne pas avoir de considération pour cette personne et s’adresser à elle sans le moindre égard, avec dureté, mépris, méchanceté et peut-être même l’injurier.

Serait-ce donc le « modèle » pour parler à un chien ?

C’était peut-être le cas autrefois quand cet animal était considéré uniquement comme utilitaire… mais de nos jours, est-ce encore ainsi que l’on parle à son chien dans les foyers, maintenant qu’il y est intégré comme membre de la famille ?

 

Je vois deux extrêmes se côtoyer : les maîtres qui s’évertuent à « expliquer » à leur chien ce qu’ils attendent de lui, et ceux qui « aboient » ! plus qu’ils ne parlent pour se faire obéir !

Pour le bien de tous, des maîtres et du chien, il serait bon de trouver d’abord la bonne mesure de considération de l’animal, pour savoir ensuite mieux interagir avec lui.

 

Le clan de ceux qui « expliquent » à leur chien

 

« Parfois, notre chien ne veut rien comprendre ! » me dit-on. « Nous lui expliquons pourtant bien que ce canapé n’est pas sa place, mais la nôtre… que les plates-bandes du jardin ne sont pas à arroser d’urine ! Ou même que s’il tire ainsi sur sa laisse en balade, il va finir par nous faire tomber… ! ».

J’en vois déjà qui sourient… Il m’est pourtant très souvent donné d’entendre ce genre de remarques, de la bouche de personnes convaincues d’offrir la meilleure attention qui soit à leur petit compagnon.

Cet animal est très doué il est vrai, mais attention à ne pas le croire pour autant, capable d’accéder à ce que seuls des êtres humains peuvent appréhender.

Nous en parlions déjà dans le n° de décembre, mais il est toujours utile de le rappeler : le chien n’a pas accès à la sémantique, c'est-à-dire au sens des mots.

Il serait plus exact de dire qu’il est sensible à leur « musique » et qu’il est parfaitement capable de mémoriser quantité de ces mots et expressions entendus dans son quotidien, et de les associer à un objet ou une action.

C’est ainsi qu’il apprend que « gâteau » c’est ce dont il se régale tant, ou qu’il associe bien vite la balade à « on va promener », si le maître brandit la laisse pour se diriger dehors ! Rapidement les « gâteau » et « on va promener » seront des signaux sonores connus qui lui feront dresser l’oreille, sachant parfaitement à quoi ils sont associés.

 

« Expliquer » pourra donc être réservé à un enfant mais pas un chien, car pour lui rien n’est moins tranquillisant et moins structurant, que des maîtres qui attendent de sa part, les réactions d’un être humain.

Se faire aisément comprendre par son chien, c’est prendre l’habitude de lui parler avec toujours les mêmes mots simples, employés par tous les membres de la famille, avec des gestes incitateurs qui peuvent éclairer et renforcer le signal.

 

Mais c’est surtout savoir lui proposer des règles de vie non changeantes au gré des humeurs et emplois du temps, avec schématiquement et pour rappel :

1- Une bonne gestion de la distribution de la nourriture (sans donner à table, parce que le chien ne sait pas ce qu’est le partage)

2- Une bonne gestion des interactions avec lui, en restant neutre devant ses demandes de jeux, caresses, sorties, etc… pour rester initiateur de tout échange, et cela TOUT LE TEMPS.

3- En sachant poser des interdits sur l’occupation de certaines pièces ou places de repos.

 

Beaucoup confondent cela avec de la dureté, pensant que l’on ne peut ainsi plus avoir de moments privilégiés avec son chien. Ce qui n’est pas exact, puisqu’il revient tout simplement d’initier soi-même toute interaction, au lieu que ce soit l’animal qui le fasse ! Ce qui fait toute la différence pour le chien qui sera de lui-même plus attentif et trop content de participer. Poser et maintenir des règles de vie avec son chien c’est lui offrir des repères, ce qui est la quête éperdue de nombre de chiens aux comportements désordonnés. A ceux qui ont quelques difficultés avec leur animal, le comportementaliste peut détailler avec précision le pourquoi et le comment de ces règles de vie, pour une mise en application cohérente et apaisante dans le quotidien.

 

Le clan de ceux qui ne savent « qu’aboyer » après leur chien

 

Dans ce « clan » là, les chiens s’y voient recevoir des ordres à tout bout de champ. Les « AU PIED ! NON ! ASSIS ! COUCHÉ ! PAS BOUGER ! À TA PLACE ! pleuvent sur le même ton du commandement impératif que les VIENS ! et C’EST BIEN !

Les gestes de contrainte accompagnant couramment la parole, pour saisir l’animal au collier ou par la peau du cou, et lui appuyer sur le dos en réitérant les ordres parfois jusqu’à hurler !

Ces personnes ont-elles un chien sourd, moins intelligent ou plus rétif que d’autres ? N’ont-elles pas plutôt manqué de précision, constance et cohérence, dans la mise en place des règles de vie que j’évoquais plus haut (qui sont normalement structurantes et apaisantes, je le rappelle)… ?

D’autre part, l’apprentissage des ordres de base a-t-il été mené avec assez de patiente, précision et récompenses ?

 

Pour apprendre à son chien les quelques ordres qui peuvent être utiles au quotidien, le ton employé et les gestes qui peuvent accompagner, sont de la plus grande importance. Une voix forte et résonnante propre à stopper un élan, doit plutôt être réservée à un « NON » ferme qui signifie au chien un interdit, mais pas à un  « VIENS  ! » qui doit être appris sur le ton de l’invitation joyeuse pour susciter son empressement.

Un « VIENS » ! proféré au chien sur le ton de la menace avec un index pointé vers le pied, est tellement contradictoire avec le désir de déclencher son enthousiasme à venir!

Ces ordres, ainsi que les « assis, couché » etc. devant être poussés sans rudesse, avec calme et patience jusqu’au résultat escompté, sans oublier de gratifier. Pressé et imprécis, on ne peut qu’obtenir « l’à peu près » d’un animal qui peine à s’adapter. Et c’est l’escalade vers un dressage « musclé » de la voix et du geste, pour contrer les comportements de plus en plus désordonnés, d’un chien simplement en perte de repères stables.

 

Si l’on est novice, ou plus averti mais néanmoins démuni devant les conduites inexpliquées ou gênantes de son chien, le comportementaliste pourra alors servir d’interprète pour une communication meilleure.

Comprendre et se faire comprendre de son chien, voilà ce qui amènera immanquablement à lui parler autrement.

Danièle Mirat