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Publications -->> > Il n'en fait qu'à sa tête! ... pas vraiment!

 

 

 

Texte publié dans le magazine "Molosses News" n°40 de décembre 2005/janvier 2006.

 

"Il n'en fait qu'à sa tête!"... mais pas vraiment!

(Toutes les infos et les conseils donnés dans cet article sont valables  avec n'importe quelle catégorie de races de chien)

 

Cette réflexion de nombreux propriétaires de molosses est si courante, qu’elle mérite justement... réflexion !

Manque d’attention, agitation et obéissance inégale du chien, sont souvent interprétés injustement comme des mauvaises volontés, des laisser-aller, voire des vengeances, qui mènent ses propriétaires à vouloir les réprimer et les sanctionner au besoin par la force.

Pourtant, ces comportements ne sont souvent que des expressions d’incompréhension, d’inconfort, de peur, d’anxiété, bref de détresses plus ou moins grandes de l’animal, auxquelles il serait charitable de réagir avec indulgence en cherchant d’abord à comprendre. 

 

Le chien n’obéit pas exactement (comme beaucoup le pensent) pour faire plaisir à son maître, mais plutôt pour le plaisir que lui procure un maître très reconnaissant et gratifiant, quand il est lui-même satisfait. Dans la même optique, l’animal ne désobéit pas pour « embêter » son maître, mais plutôt parce que celui-ci n’aura pas su assez le motiver, en lui montrant qu’il pouvait être agréable de lui être attentif ! Le chien n’apprend qu’en associant simultanément le plaisir ou le désagrément qu’il retire de ce qu’il est en train de faire.

S’il a retiré du plaisir dans une action, le chien renouvellera facilement l’expérience, surtout si la satisfaction est chaque fois à la clé (la joie et la coopération animent donc l’animal).

A l’inverse s’il retire du désagrément, le chien va légitimement négliger, éviter ou même résister devant ce qui lui aura déjà été déplaisant (la crainte, voire peut-être même l’agressivité peuvent alors le soulever)

 

Savoir reconnaître, traduire et réagir

 

Au quotidien, suivant les contextes et circonstances, à la maison, en promenades ville ou nature, ou en plein cours d’éducation/dressage, il sera donc utile de reconnaître au plus vite les signaux de malaise, qui freineront le molosse dans l’exécution de vos demandes ou ordres quelconques. Sans plus conclure « qu’il n’en fait qu’à sa tête », cela permettra de répondre de manière mieux appropriée et donc de soulager l’animal, plutôt qu’ajouter encore un peu plus à ses tensions.

 

Petit inventaire pratique des comportements et attitudes posturales qui trahissent l’état de tension d’un chien :

  • L’excitation (le chien est « hors de lui » « tout fou » ne tient pas en place et semble faire n’importe quoi) 

  • La distractivité (ou manque d’attention : trop tendu le chien n’est tout simplement plus en « état d’entendre ») à différencier du chien retenu par une occupation gratifiante pour lui (attiré qu’il est par un congénère par exemple, par une trace de gibier ou une odeur de femelle en chaleur...)

  • La réactivité, l’hyper vigilance (toujours en alerte au moindre mouvement du maître ou moindre changement de l’environnement, le chien réagit comme mû par un ressort)

  • La rigidité du corps (les muscles tendus, le chien semble devenu« mécanique »)

  • Le fait de se secouer, s’ébrouer, s’étirer

  • Les halètements rapides (autres que ceux d’après un effort soutenu du chien quand il fait chaud)

  • Les bâillements répétés (rien à voir avec les bâillements de fatigue des moments de repos)

  • La plus grande fréquence des éliminations urinaires, mais aussi fécales (qui ont un effet de soulagement)

  • La transpiration au niveau des coussinets

  • L’augmentation de la soif (le chien boit souvent et rapidement)

  •  Les tremblements (autres que ceux induits par une peur ou le froid)

  • Les grattages répétés (beaucoup au niveau du cou) (les causes de parasites internes et externes ayant été éliminées)

  • Les léchages et mordillages subits, au niveau des flancs ou des parties génitales notamment

  • Les léchages excessifs, répétés toujours aux mêmes endroits (surtout pattes, parties génitales...) au point d’en faire des lésions (là encore, allergies particulières ou autres causes médicales ayant été éliminées)

  • Les courses après sa propre queue

  • La libération soudaine d’une odeur forte (par libération des sacs anaux)

  • Les diarrhées, les vomissements (en dehors de problèmes médicaux qui auraient été diagnostiqués par un vétérinaire)

Devant une ou plusieurs de ces manifestations associées, la solution n’est donc pas de vouloir les réprimer puisqu’on aura compris que l’animal les produit sous le coup d’émotions et de fortes tensions intérieures, dont il cherche à se libérer.

Il s’agit au contraire de chercher à soulager les tensions du chien (et de ne pas en rajouter avec des agacements, des cris et brutalités) pour le voir plus attentif et prêt à produire ce que l’on attend de lui, une fois décontracté.

 

Dans l’exécution inégale de certaines demandes, attention en premier lieu à la possible incompréhension du chien (bien plus courante que beaucoup de maîtres ne sont prêts à l’admettre, car elle remet en question leur propre capacité à se faire comprendre).

 

On peut recommencer calmement à zéro un apprentissage par exemple (le chien apprend mal s’il est bousculé) et être immédiatement et toujours très gratifiant à l’exécution réussie.

 

Devant l’excitation de son molosse, mieux vaut par exemple se détourner et se désintéresser un instant de lui pour qu’il s’apaise tout seul plus vite.

 

Toute nouveauté, toute situation inhabituelle (lieu et/ou rencontre) peut éveiller la méfiance légitime du chien. On l’aide efficacement en lui permettant d’analyser à son rythme cette situation, sans exercer de contrainte et tout en restant soi-même calme et patient.

 

Dans son inconfort, l’animal produit également une gamme de signaux comportementaux dits « d’apaisement », destinés à communiquer son souhait qu’une situation cesse et/ou son désir de ne pas entrer en conflit ou pour le désamorcer.

Bien reconnaître comme tels ces appels à la bienveillance, permet d’y réagir avec le calme et l’indulgence demandés par le chien, pour son rapide soulagement. Le molosse peut également émettre préventivement un ou plusieurs de ces signaux, dès qu’il repère une situation précédemment vécue comme stressante.

 

Petit inventaire pratique de quelques demandes d’apaisement

  • Renifler le sol

  • Bâiller

  • Se lécher les lèvres ou vouloir donner des petits coups de langue à l’autre

  • Détourner le regard ou même la tête

  • Se détourner complètement en présentant son postérieur

  • S’immobiliser ou se déplacer très lentement

  • S'asseoir ou se coucher

  • Prendre la position d’appel au jeu (postérieur relevé et pattes avant fléchies)

Il n’est donc pas tant question d’éducation, mais de compréhension et meilleure gestion de l’émotion de son chien, en lui offrant la liberté de pouvoir exprimer et évacuer ses tensions, plutôt que de l’obliger à les contenir.

Savoir faire une meilleure « lecture/interprétation » des différents inconforts émotionnels de son molosse, est une démarche qui deviendra des plus cohérente si l’on veille à poser en amont les bases d’une relation au pouvoir tranquillisant.

Quel maître se rend compte de la contradiction dans laquelle il met son chien au quotidien, en laissant celui-ci décider de ce qu’il peut faire, pour l’instant d’après, attendre de lui l’obéissance à une de ses propres décisions ?

Un chien en relation avec « un autre » (cet autre pouvant être un congénère ou un humain) est soit celui qui décide, soit celui pour qui on décide, mais pas les deux à la fois ou alternativement suivant l’humeur ou les changements météo ! Le molosse qui peut obtenir l’attention de ses maîtres pour jeu, caresse ou autre demande, et qui se voit sommer d’obéir l’instant suivant à une de leurs initiatives, est soulevé par des émotions contradictoires qu’il peut avoir du mal à gouverner.

Comment savoir pour lui qui est le leader de la relation, puisque le pouvoir de décision n’est pas toujours le privilège (et en même temps la charge) du même ? Comment un chien à fort tempérament aussi bien qu’un chien plus timoré ne peuvent-ils pas être tendus (de frustration pour l’un et de crainte pour l’autre) devant un maître si imprécis ?

 

Prendre conseil auprès de son comportementaliste peut alors s’avérer nécessaire, pour mettre en place ces bonnes bases de rapports harmonieux avec son molosse, ou bien sûr pour aider à restaurer des relations devenues difficiles avec lui.

 

Danièle Mirat