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Gémissements, aboiements voire
hurlements, destructions, déjections éparses, activités autocentrées comme léchages
ou mordillements des pattes…la liste est longue des expressions
comportementales de l’anxiété d’un chien, qui ne sait pas rester seul
parfois même juste un instant.
Ces comportements sont souvent des
expressions de «l’anxiété de séparation ». Cela peut et doit se prévenir
pour le bien-être de l’animal et de ses maîtres, en mettant en place une
relation autre que celle de l’« hyper attachement ».
On peut apprendre à un tel chien
qu’il attende tranquillement le retour de ses maîtres, mais cela n’est pas
simple sans l’aide d’un professionnel du comportement ; même avec
cette aide, c’est un vrai travail qui est à réaliser et qui demande une
grande implication de tous les membres de la famille.
Parfois c’est un chien jouissant
de privilèges réservés aux supérieurs hiérarchiques qui exprime sa
frustration et son mécontentement quand ses maîtres s’absentent, en détruisant
plutôt portes et fenêtres et/ou souillant la maison de déjections bien en évidence.
Ces activités ne sont pas des vengeances comme beaucoup le croient, mais sont
aussi des manifestations d’anxiété, induites par un mauvais positionnement
hiérarchique du chien dans le groupe familial.
Il s’agit d’abord de comprendre
comment sans penser mal faire, on en est cependant arrivé à ce que son
compagnon soit une nuisance.
Le chien à ses origines était un
animal de groupe ; quand il est admis au sein d’une famille,
naturellement social il a besoin de la présence de ses maîtres, de leurs
soins, de leur affection. C’est d’ailleurs chez le chien cette formidable
« présence à l’autre » qui le fait tant apprécier des humains.
C’est donc un animal spontanément
en constante demande d’échanges sociaux, à qui il doit être réservé une
place hiérarchique claire, et auquel on doit le plus tôt possible apprendre la
solitude. Car même s’il est préférable de ne pas prendre un chien si l’on
doit le laisser seul des journées entières, il y a bien des moments où l’on
doit s’absenter et de nombreux endroits où l’on ne peut pas aller avec son
chien.
La relation non hiérarchisée d’un chat avec son maître
est épisodique, car il se préserve des temps d’indépendance. Nous
rencontrons donc moins de comportements de ce genre chez nos félins. Mais
cependant un chat « hyper attaché » peut aussi développer des
activités de substitution dues à l’anxiété, comme les léchages
intempestifs qui peuvent conduire à l'automutilation.
Quand
ils doivent s’absenter en s’en sentant un peu coupables, beaucoup de maîtres
commettent les premières maladresses à l’origine de cette « anxiété
de séparation »
Souvent ils ont commencé par céder
au chiot à son arrivée à la maison. Brutalement arrachée à sa mère et sa
fratrie, la petite boule de poils a déjà réussi les premières nuits, par
fendre le cœur de tout le monde avec ses gémissements (ou ses hurlements !)
Résultat, il s’est bien souvent retrouvé dans la chambre (et dans le lit !)…et
parfois : erreur ! il y est resté.
Il s’est mis à suivre ses maîtres partout, surtout celui
qui s’occupe principalement de lui. Fort flattés d’un si bel attachement
(qui donc leur porte autant d’intérêt ?) ils n’ont pas vu qu’ils
commençaient à façonner un chiot qui ne saurait pas rester seul.
Dès que les maîtres se préparent à sortir (avec toujours
à peu près les mêmes rituels) le chien anticipe leur départ et le fait
qu’il va encore être seul. Il commence déjà à redouter cette solitude, gémit,
tourne, s’inquiète, essaie d’attirer l’attention sur lui. Il y réussit
souvent, car bien des maîtres quittant leur chien, pensent que des paroles
comme : « sois sage, je vais revenir », « il
faut bien que je parte travailler » vont l’apaiser. En fait ces
paroles accentuent la détresse de l’animal qui tourne un regard attendrissant
vers celui qui le quitte.
Le maître culpabilise alors de le laisser seul et devient
esclave de cette relation envahissante.
Au retour il
n’a qu’une hâte : courir constater les méfaits. Il inspecte le pelage
du chat ou du chien. Il s’énerve, gronde l’animal, nettoie rapidement les dégâts.
Si le chien couché le regarde en coin, il pense que ce dernier « sait
bien qu’il a fait une bêtise ». Cette interprétation humaine ne
correspond pas à la réalité animale. Le chien a déjà oublié ce qu’il a
fait auparavant et comme seul le moment présent compte pour lui, il ne peut
associer votre énervement à ses comportements passés.
-- Il est bon que dès son arrivée
les différents membres de la famille s’occupent du chiot, afin de limiter
un attachement unique et intense avec une seule personne.
Sinon il
considère celle-ci comme un substitut maternel que seule sa présence sécurise,
et manifeste sa détresse lorsque cette pseudo mère s’éloigne.
-- D’abord, apprenez-lui à être seul même lorsque vous êtes
présent dans la maison. Ignorez le un certain temps plusieurs fois dans la
journée. Vaquez à vos occupations comme s’il n’était pas là, passez
dans une autre pièce. Il finira par en profiter pour dormir.
-- Apprenez lui aussi à rester dans la maison sans détresse lorsque
vous partez. Pour cela, changez vos rituels de départ et de retour
-- Ignorez le durant la demi-heure qui précède votre départ.
Quittez la maison sans le regarder ni lui parler. Restez à l’extérieur
un moment puis revenez. Évitez les effusions et explosions de joie exubérantes.
Lorsque votre chien est calmé, occupez-vous à nouveau de lui. Augmentez
graduellement le temps de vos absences. C’est ainsi qu’il apprendra que
vos départs sont toujours suivis de retours.
-- Pour de plus longues absences,
sortez le avant de quitter la
maison afin qu’il élimine et se dépense un peu, ce qui peut limiter
les dégâts éventuels.
--
À votre retour s’il
a détérioré, sali ou s’est léché jusqu’au sang en votre
absence, faites comme si de rien n’était. Ne l’inspectez pas
« sous toutes les coutures », nettoyez les dégâts hors
de sa vue, sinon votre chien prendrait cela comme une marque d’attention
à son égard, ce qui l’inciterait à recommencer.
Le punir au
retour ne fait qu’aggraver le problème, car il ne peut faire le
lien entre ses comportements et la punition. Votre attitude neutre
au départ et à l’arrivée est la clé de la réussite
-- Pour un chien déjà entré dans ce processus, vous pouvez laisser en
sourdine la télévision ou la radio qui l’apaiseront durant votre éloignement.
-- Dans la relation affective journalière,
évitez de répondre à
ses incitations à la caresse. C’est à vous d’en prendre
l’initiative. Diminuez les caresses « gratuites » et
gardez les pour récompenser une bonne action. Trop de caresses le
maintiennent dans un état infantile qui augmente son anxiété et l’empêchent
de devenir autonome.
Pratiquer le détachement c’est rompre « l’hyper attachement »
qui vous lie à votre chien, c’est continuer le travail commencé par la mère
chienne et c’est l’aider à grandir pour devenir un adulte équilibré
« bien dans sa tête et son corps » et qui n’appréhende plus vos
absences momentanées.
Reste parfois que certains événements
(perte d’un être cher, déménagement, retour de vacances) déclenchent ou
fassent resurgir un hyper attachement et des comportements indésirables comme
cités plus haut. Comprendre alors l’anxiété légitime et momentanée de
l’animal, fait y répondre avec à la fois l’indulgence et la constante
fermeté, qui lui permettront petit à petit de trouver une meilleure tolérance
aux changements.
Danièle Mirat
et Françoise Gaudron Comportementalistes
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