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Texte publié dans le magazine "Molosses news" n°33 de
septembre/octobre 2004.
"Maladie, mal-être... ces messages qu'ils nous envoient"
Les
maîtres d’animaux familiers se sentent souvent démunis face à la
maladie de leur compagnon, un peu comme ces parents avec leur
bébé malade, qui ne peut expliquer ni son mal ni son ressenti.
Il est parfois difficile de faire la part des choses devant le
changement remarqué : est-ce le signe annonciateur de maladie
grave ou «cela va t’il passer rapidement ? »
Les vétérinaires nous conseillent d’avoir le réflexe de prendre
la température de notre chien s’il semble mal en point,
les normales se situant autour de 38°5. En dessous de
37°5 ou au-dessus de 39°5, mieux vaut faire examiner le molosse
au plus vite.
Ces praticiens nous ont appris aussi à repérer certains
symptômes qui les guideront vers un diagnostic plus rapide, et
ils nous informent par ex :
- Qu’en été, une respiration rapide, des halètements sonores et
une démarche chancelante peuvent être signes d’un coup de
chaleur.
- Un chien abattu sans appétit, dont les urines deviennent
foncées, peut faire penser à une piroplasmose transmise par une
tique infectée.
- Un chien de grande taille, prostré, faisant de vains efforts
pour vomir, peut faire un retournement d’estomac (complication
survenant souvent après l’absorption d’une grande quantité
d’aliment ou d’eau, suivie d’effort physique intense) Le
vétérinaire devra intervenir sur l’heure pour sauver l’animal.
- Un animal qui boîte s’est peut-être fait une entorse, une
fracture (mais avant de s’alarmer, il est bon de vérifier
préalablement l’intégrité des coussinets !)
Comment pourraient-ils comprendre ?
Les
visites chez ce praticien n’enchantent pas nos compagnons. Nous
voulons les voir guérir, mais ils n’ont aucune possibilité de
comprendre le sens d’interventions médicales parfois
douloureuses. Comment un animal pourrait-il comprendre que subir
des soins déplaisants soit en réalité pour son bien ?
Ils sont peu coopératifs pour certains, et on les comprend !
Ils n’aiment pas qu’on les attache, les muselle, les immobilise
écrasés sur une table, les pique ou leur enfonce instruments ou
produits dans les orifices naturels, etc…-idem pour les êtres
humains d’ailleurs, bien qu’ils aient pourtant la capacité de
s’expliquer ces nécessités- !
Les animaux eux, vivent toute cette sollicitude comme une
atteinte à leur intégrité physique, à leur bien-être.
Dès
leur plus jeune âge, quelques apprentissages appropriés pourront
les aider à mieux tolérer les soins de notre part, comme à mieux
vivre ces passages obligés (vaccinations, détartrages) dans ce
lieu aux odeurs fortes et non familières.
Pour minimiser le stress inévitable des soins :
- Habituer très tôt le jeune molosse à être manipulé, brossé par
différentes personnes, doucement avec des caresses, d’abord
debout, puis couché. D’une voix enjouée obtenir gentiment son
calme et prendre garde à ne pas lui faire vivre négativement
tout contrôle régulier des yeux, oreilles, dents, pattes…obtenir
progressivement sa docilité par terre pour ces soins, ensuite
sur une table, et gratifier la docilité d’une petite friandise.
- Familiariser très tôt le chiot à la muselière, en la
banalisant et gratifiant l’animal en mettant une gourmandise au
fond. On peut s’y prendre de même avec un adulte, en la lui
faisant porter de courts instants, sans raison ou en jouant avec
lui, en le caressant.
- Veiller à ce que la voiture soit associée aux sorties
agréables comme la promenade par exemple, et pas juste réservée
aux visites chez le vétérinaire (c’est le cas pour certains
molosses qui sortent peu ou toujours en balade « à patte » et
qui reconnaissent déjà le transport en voiture comme signe
annonciateur de misères !)
Grâce à ces quelques apprentissages, les soins chez le
vétérinaire seront déjà vécus un peu moins durement, parce que
la détresse émotive ne naîtra pas d’avance.
Monter sur la table d’examen, être manipulé, inspecté, porter sa
muselière (si elle est nécessaire)…tout cela ne sera pas
forcément promesse de tourments, mais gestes anodins ou de
bienveillance.
Lors de ces visites, l’animal perçoit très bien l’attention
renforcée, l’inquiétude, les émotions négatives du maître, et il
est évident que notre anxiété ne l’aide pas, bien au contraire.
Son bien être commande davantage une certaine neutralité de
notre part. Inutile de vouloir le rassurer par exemple quand il
tremble, ce qui aboutit à l’effet inverse, c'est-à-dire le
conforter dans le fait qu’il a raison d’être effrayé ! Dans ces
circonstances ou d’autres, nous aidons l’animal qui a peur si
nous banalisons ce moment, et s’il ne rencontre rien d’autre que
notre calme neutralité.
Plutôt initier la confiance pour donner les soins
Une fois le diagnostic établi, le maître suivra scrupuleusement
les prescriptions du vétérinaire.
Les soins doivent être effectués sans excès, avec douceur et
sans forcer l’attention que l’on porte à l’animal malade.
Plutôt qu’employer la manière forte pour administrer un
médicament ou réaliser un soin, veillez à aborder le molosse
d’une voix incitatrice et gaie. Pas non plus question de
l’attirer vers vous avec une friandise par exemple, pour le
capturer traîtreusement et lui faire ensuite subir vos
manipulations.
Prenez le temps, faites-en une activité ludique, surtout au
premier soin qui servira de modèle futur. En instaurant la
confiance vous aurez plus de chance d’obtenir sa coopération,
par la promesse de vos attentions, caresses et gaîté.
Les
interactions basées sur la confiance ont toujours une fonction
tranquillisante, à l’inverse celles basées sur la tromperie sont
toxiques et angoissantes et risquent de retarder la guérison de
votre molosse.
Si
l’animal souffre, certains soins sont parfois douloureux.
Comprenez alors qu’il peut se retourner sur la main qui
l’agresse… anticipez dans ce cas, et prévoyez alors de vous
protéger.
Ne
négligez jamais de caresser de la voix et de la main, l’animal
qui a été patient et docile quand vous avez vérifié, par
exemple, points de sutures, écoulements ou infections possibles
après une opération. Il a surmonté sa peur en vous faisant
confiance, les soins suivants en seront facilités.
Après avoir bien récupéré d’un acte chirurgical, certains
molosses sont heureux de pouvoir jouer et sauter de nouveau !
C’est aux maîtres de juguler ces fougues pour éviter les
complications (même chose pour un cardiaque !)
S’il est capital que le molosse ait à la maison «une place à
lui» pour se reposer, quand il est malade il a encore davantage
droit à la quiétude et doit pouvoir profiter d’un isolement
réparateur. Sans forcément le changer de place, veillez plutôt à
réduire bruit et agitation autour de l’animal et faites
respecter son repos, aux enfants en particulier.
Le plus souvent le traitement permet d’enrayer l’affection.
Malgré tous ces soins, il arrive parfois qu’une boiterie
récidive. Qui n’a pas connu un chien à la «claudication
diplomatique» ? qui, bien que guéri, utilise ce stratagème pour
attirer l’attention et retrouver la sollicitude affectueuse
obtenue lors des soins post-opératoires, ou même pour se rendre
pitoyable lorsqu’il est grondé !
D’autres fois la maladie, les mêmes gastrites, diarrhées ou
dermatoses reviennent. Il y a lieu alors de se demander, ce qui
dans l’environnement perceptif du molosse, pourrait bien induire
ces récurrences.
Ils ne sont pas à l’abri de nos problèmes
Les chiens qui vivent étroitement avec les humains, se laissent
imprégner telle une «éponge affective».
Émotionnellement en première ligne, ils partagent les tracas de
leurs maîtres, leurs contrariétés et conflits, subissent leur
méconnaissance des spécificités de l’espèce canine ainsi que
leur anthropomorphisme.
Nombre de leurs affections peuvent être les symptômes de
difficultés d’adaptation, de dysfonctionnements de la relation
homme/animal.
Le chien, animal social auquel des règles de vie claires et
permanentes doivent être posées pour son confort relationnel, se
voit souvent attribuer maladroitement les privilèges de la
dominance par ses maîtres, qui prétendent ensuite exiger son
obéissance. A cette place intenable, le molosse déploie des
comportements désordonnés en proie à des émotions
contradictoires.
Or des émotions non ou mal gouvernées finissent toujours par
provoquer des troubles métaboliques,
et pour peu que ces émotions soient durables, ces troubles
métaboliques finissent par provoquer des maladies organiques.
La peau semble le récepteur le plus sensible à ces modifications
bio émotionnelles. Le tube digestif est lui aussi un excellent récepteur d’émotions…l’appareil urinaire…ainsi que le cœur.
Résultat, l’animal se gratte ou se lèche nerveusement, tousse,
vomit, a la diarrhée, boîte ou bien tourne après sa queue,
aboie, urine ou défèque (des selles moulées) dans la maison… Ces
douleurs, lésions ou comportements altérés étant l’exact reflet
des émotions ressenties.
Certaines affections peuvent aussi survenir en réaction aux
problèmes personnels de membres de la famille (divorce, conflit
momentané ou autre choc intra familial, déménagement, etc.)
Problèmes qui ne sont pas vécus « pour eux même » par
l’animal, car ça n’est pas tant le caractère heureux ou
malheureux du changement de vie qui est en cause, mais plutôt le
sentiment d’insécurité qu’il engendre.
Parce qu’un animal familier ne peut pas être considéré
indépendamment de ses relations avec ses maîtres, face à la
maladie de son molosse, tout propriétaire devrait re-situer
cette «plainte» dans son système relationnel, en se posant
quelques questions :
- Qu’est-ce qui a changé dans l’environnement perceptif de mon
chien ?
- N’y a-t-il pas actuellement un problème personnel ou familial
qui me fait réagir différemment face à lui ?
- Quelle est mon attitude envers mon molosse ? Ne suis-je pas
trop anxieux pour lui ?
- Mon attachement pour lui n’est-il pas excessif, est-ce que je
ne le cajole pas trop ? Ne me suis-je pas appuyé sur l’entretien
et le maintien de cet attachement qui ne le laisse pas devenir
plus autonome et équilibré ?
- Est-ce que je ne projette pas sur lui des désirs inconscients,
des fantasmes qu’un animal ne peut ni réaliser ni assumer ?
Ceux-ci influencent la manière d’être avec le chien et
interfèrent sur les affects et la santé de ce dernier.
L’éthologue Boris CYRULNIK l’explique dans «le cas Pupuce»
et dans «le chien de remplacement»,
qui se réfugie dans la maladie parce que son maître le vit à
travers son premier chien décédé et idéalisé.
Parce que tout comportement en situation d’interaction a valeur
de message, la maladie pourrait donc bien en être un aussi…une
manière de dire, de montrer un mal être….
Danièle Mirat
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