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Texte publié dans le magazine Atout chien n° 239 de Janvier 2006
Les chiens
aboient et la caravane passe...
Ce
proverbe sous-entend : qui est sûr de sa voie ne s'en laisse pas
détourner par la désapprobation la plus bruyante.
Avec ses aboiements le chien prévient, attire
l’attention sur ce qui survient, et c’est ce qui en fait un
gardien apprécié de beaucoup d’entre nous (et ce depuis la nuit
des temps). En aboyant, il lance une sorte de « qui va là !? »
communication sociale destinée aussi bien au groupe familial,
qu’à celui qui passe ou surgit.
Outre donner de la voix, le chien sait envoyer
d’autres messages aux membres de sa famille... messages qui ne
sont malheureusement pas souvent considérés comme tels.
Exemple : les marquages d’urine ou de selles
moulées du chien dans la maison qui sont interprétés comme de
simples malpropretés... ses chevauchements comme des obsessions...
ses grognements comme des mauvaises humeurs ou des ingratitudes...
sa gamelle jamais complètement vidée comme un aspect de son
« petit appétit »... Toutes ces analyses à courte vue sont loin
de la réalité canine !
Demeuré incompris dans ses messages adressés à la
famille, le chien ne reçoit évidemment pas les réponses
attendues. Et c’est l’escalade avec aggravation des
comportements indésirables du chien, doublés de conduites
réactives de plus en plus désordonnées... agitations, craintes
et anxiétés, activités autocentrées, destructions, agressivités,
aboiements (ceux-là n’ayant rien à voir avec les « qui va là »)
C’est ainsi que par tous ces comportements, les
chiens « aboient » leur mal-être dans la relation avec leurs
maîtres, et la caravane des humains sourds à leurs doléances,
passe sans en tenir compte !
Il n’est pourtant plus digne de nous, de négliger
les besoins éthologiques*
du chien embarqué dans la dépendance où le plonge notre désir
d’étroite cohabitation avec lui. Car si jusqu’à nos jours la
réalité de la vie animale était à peu près ignorée, cela n’est
plus le cas grâce aux études et observations menées en éthologie**,
depuis quelques décennies déjà.
Doléances de chien !
Pour un chien, la toute première difficulté à
vivre le quotidien de la cohabitation avec une famille humaine,
est de ne pas y trouver de leader.
Pour son bon équilibre et sans besoin d’être
« dominé » à tout prix comme il est souvent conseillé
abusivement, cet animal a besoin de savoir qui décide dans son
groupe. Mais attention à l’absolu de la règle pour un chien :
celui qui détient le pouvoir de décision, ne déroge pas et
n’échange jamais sa place pour l’inverse dans ce groupe. Si le
chien peut obtenir jeux et/ou caresses, sorties, nourriture à
ses demandes, il ne peut pas être question ensuite d’exiger de
lui quoi que ce soit ! Voilà pourtant bien ce qui est vécu
couramment par les chiens, qui pour certains ont bien du mal à
gérer une telle contradiction ! C’est ainsi que secoués entre
contraintes et émotions diverses et contradictoires, les chiens
se déploient en comportements désordonnés de toutes sortes.
Avoir des maîtres (pour les adultes d’une famille)
qui savent ignorer toute forme de sollicitations de leur animal
et restent à l’initiative de toute interaction du quotidien, est
des plus structurant et apaisant pour un chien. C’est par là
qu’il faut commencer pour être ensuite en position par exemple,
de faire se déplacer un chien qui occupe un endroit que l’on
souhaite se réserver, ou pour simplement poser des interdits
respectés.
Le comportementaliste peut aider certains
propriétaires à prendre ou reprendre la position de leader
qu’ils n’ont maladroitement pas su se ménager (sans qu’il soit
question de dressage ou d’exercice d’autorité abusive) pour
retrouver un chien paisible, plus à l’écoute et prêt à coopérer.
Autre difficulté: animaux sociaux et de contact,
beaucoup de chiens souffrent de rester seuls trop longtemps.
Des destructions dans l’habitat (mobilier,
vêtements et autre), souvent additionnées
de gémissements, hurlements, salivations excessives, diarrhées
ou activités de léchage,
signalant la détresse dans cette solitude (certaines dégradations
plutôt dirigées sur les murs, fenêtres ou portes de sortie ayant
un tout autre motif)
Un chien laissé seul dans un jardin peut attaquer
les plantations ou faire des trous, voire déambuler nerveusement
derrière la clôture (sans jamais changer son trajet) et exprimer
là un malaise rarement repéré comme tel.
Ces activités de destructions multiples ne sont
pas des vengeances comme il est encore trop souvent conclu !
Rediriger ses tensions intérieures en grattages et
mâchouillements divers, ne sont que des tentatives maladroites
pour s’en libérer.
Une
première précaution à prendre si l’on doit s’absenter
journellement pour le travail : c’est très tôt de ne pas
favoriser le trop fort attachement du chien. Trop de
stimulations ou contacts quand on est à la maison, le laissent
d’autant plus immanquablement dans le vide, quand on s’absente !
Il s’agira de trouver le bon équilibre entre trop et puis plus
rien ! Et de l’initier à exercer sa mâchoire sur des jouets à
ronger, qu’il aura donc toujours à disposition.
Bien
sûr les promenades seront pour le chien, l’indispensable besoin
et distraction à la fois, qu’il faut lui réserver plusieurs fois
par jour, et même s’il dispose d’un jardin (et ne pas se
dispenser de le sortir parce qu’il a un grand espace vert, car
c’est douloureusement le limiter). En lui offrant d’exercer son
comportement exploratoire pour découvrir avec délice les 1000
odeurs qui jalonnent la balade, on entretient sa socialisation
(aussi bien à ses congénères qu’aux humains rencontrés) en
ajoutant bien sûr une salutaire dépense d’énergie, qui devra
être adaptée à sa race et son âge.
Notons que d’autres chiens peuvent souffrir non pas
d’enfermement ou de morne environnement, mais exactement du
contraire, comme par exemple de constants changements de
conditions de vie, ou d’hyperstimulations comme trop d’exercice,
trop de bruit, de lumière, de va-et-vient (Ex : le chien qui n’a
pas une place bien à lui, pour s’extraire de turbulences
enfantines et prendre un simple repos réparateur)
S’informer des besoins propres de l’espèce canine
et chercher à comprendre le chien que l’on abrite chez soi...
c’est l’aimer pour ce qu’il est et ne pas être de la « caravane
des humains sourds... »
*
Besoins propres à son espèce
** Science de l’étude du comportement des êtres vivants
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