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Texte publié
dans le
magazine "Atout Chien" n°224 d'octobre 2004.
"Les
léchouilles de votre chien : marques d’affection,
certes…"
Le
chien est un être social, et comme pour nous, tout comportement
en situation d’interaction a pour lui valeur de message à
l’autre.
En
léchant un congénère ou un être humain, un chien exprime son état
émotionnel, son rang social et ses intentions.
Dire
que ce comportement est amical est juste, mais bien trop réducteur
au risque de se méprendre sur le message qu’il peut parfois
transmettre.
Ex :
Fred m’appelle car son Labrador Tag vient de le pincer (mais
il serait plus juste de dire : le mordre) à 2 reprises,
heureusement sans gravité.
«Je
n’ai rien compris m’explique t’il : Tag m’a pincé
le bras d’un coup et sitôt après il s’est mis à me lécher comme
pour s’excuser. D’abord en colère, ça m’a radouci,
alors j’ai voulu le caresser…et là, il m’a remordu une 2è
fois ! »
Fred
a fait fausse route en interprétant les léchouilles de Tag
(juste après sa morsure) comme un comportement amical (certes, ce
qu’il est) mais plus exactement en y voyant une soumission et
même une repentance.
En
voulant y répondre par une caresse (la main au-dessus de la tête
du chien) c’est au tour de celui-ci d’être surpris, de ne pas
comprendre un tel comportement et du coup, réitérer sa morsure.
La
méconnaissance des codes sociaux canins et l’anthropomorphisme
vont induire cette escalade interactionnelle malheureuse.
Après
étude des circonstances de l’incident et examen du type de
relation qu’il entretien avec Tag, Fred voit poindre une réalité
canine qui lui fait mieux comprendre son compagnon.
Assez
permissif au quotidien avec Tag, Fred n’avait jamais jugé bon
jusqu’ici de lui interdire le canapé.
Ce
fameux soir, quand Fred harassé a voulu s’y allonger et
repousser son chien vautré de tout son long, Tag dérangé dans
sa sieste s’en est indigné et s’est mis à gronder (comme
parfois paraît-il !)
Indigné
à son tour, Fred insiste… et Tag pas décidé à céder la
place qu’il occupe, lance un rappel à l’ordre (le sien !)
avec une morsure brève autant qu’inattendue.
Devant
le retrait ébahi de Fred, c’est là que Tag s’est mis à lui
lécher le bras qu’il venait de mordre, pour l’apaiser comme
il l’aurait fait sur un congénère qui se serait soumis devant
cette démonstration d’autorité physique.
Si
Fred n’avait pas interprété cela comme une demande de
pardon, mais bien au contraire comme le message d’apaisement
d’un dominant à son dominé qui se soumet, il ne se serait pas
permis d’insister davantage, avec une caresse de surcroît.
Tag
a vécu l’insistance de son maître assortie d’une flatterie,
comme un message contradictoire (donc suspect) et y a réagit ipso
facto par un 2è rappel à l’ordre.
Selon
les codes sociaux canins, derrière ses léchouilles, Tag aurait dû
recevoir l’attitude basse et soumise de son maître qu’il
n’aurait donc pas remordu !
Bien
sûr ces 2 morsures sont inacceptables, mais la responsabilité de
Fred est grande pour la 1ère comme pour la 2ème.
Cela
lui a permis de convenir qu’il fallait réorganiser toute sa
relation avec Tag, et ensuite ne plus se fier aux idées reçues
sur un comportement quel qu’il soit, qui ne peut jamais être
isolé de son contexte si l’on veut s’expliquer ce qu’il
peut « vouloir dire ».
Danièle
Mirat
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