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Pour un chien équilibré
dans une cohabitation harmonieuse
Quel modèle relationnel
lui proposer ?
La
cohabitation avec un être vivant qui n’est pas de notre espèce,
ne devrait jamais s’envisager sans une réflexion préalable à
propos de tout ce qu’elle implique, pour chacun des individus
concernés et même leur entourage. Pourtant, nombre d’entre nous
se proposent un jour de cohabiter avec un animal familier (en
grande promiscuité parfois) sans se poser vraiment toutes les
questions essentielles.
Pour
s’aventurer par exemple dans une cohabitation avec un chien (ou
un chat), suffira-t-il d‘en avoir côtoyé de plus ou moins près
au préalable, pour penser bien les connaître ? La vie avec ce
compagnon à 4 pattes ne restera-t-elle pas alors basée sur
l’empirisme, nourrie de croyances et idées reçues ?
Si
l’empirisme est bien une source de connaissance, il ne serait
pas raisonnable d’en rester à cette première étape pour
d’harmonieuses cohabitations avec un animal. Une approche
scientifique des divers aspects de la biologie du chien -ou du
chat- (et spécialement leurs particularités éthologiques* et
écologiques) devrait être la 2ème étape à aborder,
pour ajuster de meilleures conditions de relations avec l’une ou
l’autre espèce animale, et préserver ainsi le bon équilibre de
chacun des cohabitants
Quel modèle relationnel?
Une large
diffusion de connaissances à propos du chien (livres et
articles, sites et forums sur l’Internet) continuent de laisser
peu de place à un autre regard que celui d’une culture cynophile
de type "dominant-dominé", sur nos relations avec cet animal.
Pourtant, nombreux sont les propriétaires de chien à vouloir
entretenir des relations d’égalité et fraternité avec ce
compagnon à 4 pattes.
Alors, autant la
culture du "dominant-dominé" est caricaturale (et sûrement
pouvait-on s’en contenter jusqu’au 19ème siècle),
autant celle de "l’égalité-fraternité" est utopique, concernant
les relations possibles entre l’Homme et le chien.
Aucune des ces 2
approches ne tient compte de ce que qu’est la singulière réalité
de situations d’étroites cohabitations des 2 espèces, humaine et
canine, en présence.
L’une affirme à
qui veut l’entendre, que le chien doit se situer au bas d’une
échelle hiérarchique familiale, avec pour consigne de se
comporter en "dominant" vis-à-vis de lui. Pour cela, Il
faudrait par exemple, passer les portes avant lui, manger avant
lui, reléguer son panier hors tout lieu dit stratégique, et lui
interdire toute occupation de lit-fauteuil-canapé. Si le chien
venait à désobéir (ex : aboyer, détruire ou souiller de ses
déjections, ou pire : agresser !) on doit le punir avec des
prises par la peau du cou, placages, secousses vigoureuses, et
autres mise en cage ou usage de colliers électriques.
Derrière ces
démonstrations, l’idée serait d’appliquer à nos relations avec
cet animal, ce qu’il nous a semblé voir s’exercer au sein des
meutes de loups et autres chiens sauvages. L’application des
consignes simplistes (citées plus haut) devant donc conduire le
chien à se repérer comme le "dominé" au sein d’un groupe appelé
"famille-meute" !
Mais voilà, nous
ne sommes pas des chiens et demandons-nous plutôt ce que
soulèvent en eux tous ces comportements destinés à nous faire
évaluer comme leurs "dominants"… Nos observations de meutes de
canidés sauvages (en partie interprétées sous un angle bien
anthropocentriste) peuvent-elles nous conduire raisonnablement à
déduire que ce qui s’exerce (ou ce que nous croyons voir
s’exercer) en leurs seins, peut s’appliquer à des situations
n’ayant strictement rien de commun… ex : celles d’étroites
cohabitations de 2 espèces différentes.
L’autre culture
(à total contre courant de la précédente) voit s’évertuer des
humains qui veulent cohabiter en "égalité-fraternité" avec leur
chien (égal, mais captif !) attendant de lui qu’il produise ce
que seul un être humain pourrait produire à sa place, comme par
exemple : comprendre tout ce qu’on lui dit ! (Faut-il préciser
ici, que le chien n’a pas accès à la sémantique).
Alors que
faire ?
On observe que
le premier besoin du chien est sans doute bien celui de vivre au
sein d’une organisation structurant les rapports entre lui et
chacun des individus d’un groupe constitué. On observe également
que nier ou caricaturer l’existence de ce besoin propre à son
espèce, ne conduit pas à des échanges épanouissants avec lui,
dans des relations interspécifiques**.
On peut par
contre remarquer que la mise en place d’une circulation précise
des échanges (qui seront uniquement à l’initiative des humains)
revient à respecter le chien dans son besoin de règles régissant
les rapports de vie en groupe. Il devient alors facile d’avoir
la coopération d’un chien qui sait ce qu’il peut faire puisqu’il
attendra les propositions qu’on lui fera (et ce qu’il ne
peut pas faire, puisqu’on ne lui a pas encore demandé !) Il
n’est pas "obéissant" il se rend juste disponible, et lui proposer alors
de dormir dans notre chambre n’en fera pas un délinquant, comme
de manger avant nous non plus.
Sans une aide
éclairée, une si fine gestion des rapports avec le chien n’est
cependant pas évidente à mettre en oeuvre dans le quotidien d’une
cohabitation, surtout si l’on veut basculer d’un ancien mode
relationnel à l’autre. Le comportementaliste est là pour aider à
ces bascules si le besoin s’en fait sentir dans une famille (si
l'animal déploie des comportements gênants et inexpliqués), et
son travail relève toujours d’une individualisation des
conseils, principalement en consultation à domicile. Toute
cohabitation est unique par la personnalité et la sensibilité
des divers individus la constituant (humains et chiens) et les
conseils d’organisation pratique valables pour les uns, ne le
seront pas forcément pour d’autres. Cela reviendrait encore à
caricaturer cette infinie complexité (et richesse) des liens que
peuvent tisser et entretenir des êtres vivants respectueux de
l’autre.
Avec un chien,
la véritable harmonie d’une cohabitation supposera donc d’abord
d’abandonner croyances, idées reçues, valeurs dépassées (le tout
sans fondement scientifique) et puis d’instaurer une règle
interactionnelle précise régissant le quotidien. Pour cela, il y
aura nécessité de s’ajuster à la sensibilité propre de l’animal
(déjà façonnée lors de son développement précoce à l’élevage ou
dans sa famille de naissance) pour lui faciliter l’adaptation à
une vie sociale parmi des humains.
*Éthologie :
science de l’étude du comportement animal dans son environnement
naturel
**Interspécifique : qualifie toute relation qui s'établit entre
individus d’espèces différentes
Danièle Mirat
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