COMMUNICANIS

 

                       
Plan du site Comportementaliste Acquérir un chien Éthologie Éducation Publications Contact Liens
Retour Accueil

Publications -->> Le chien, malade de nous?

 

 

 

Texte publié dans le magazine Santé pratique animaux de Janvier 2006

 

 

 

Le chien, malade de nous?

 

 

Chez le chien, comme pour nous « ...une émotion non gouvernée finit toujours par provoquer un trouble métabolique (accélération des rythmes cardiaque et respiratoire, crispation des muscles, etc.…) Et pour peu que cette émotion soit durable, lorsque par exemple le maître d’un chien l’entretient par des scénarios répétitifs, ces troubles métaboliques finissent par provoquer des comportements altérés et des maladies organiques chez l’animal.»

Ces propos de Boris Cyrulnik* dans plusieurs de ses ouvrages, appellent à nous questionner sur une meilleure gestion de l’émotion de nos chiens dans notre quotidien à leurs côtés.

Alors que leurs maîtres sont authentiquement convaincus d’offrir le mieux à leur animal, beaucoup de chiens peinent à s’adapter à leurs conditions de vie relationnelle.  

Supposé que le chiot ait pu naître et débuter son développement dans les meilleures conditions d’élevage, et donc bénéficier d’un bon équilibre émotionnel de chiot confiant, explorateur et prêt à vivre avec l’homme, que va –t-il trouver chez ceux qui l’accueillent ? Sauront –t-il garantir son bien-être ?

 

La notion de bien-être

 

La complexité du statut de « chien membre de la famille » rend la question vaste et la réponse difficile. Le bien-être de tout animal n’est-il pas la prise en compte et le respect de son éthologie* et sa physiologie, pour se rapprocher le + possible des besoins de son espèce ?

La notion d’Umwelt , en français : de « monde propre à une espèce » ouvre à considérer par exemple, qu’avec son équipement sensoriel spécifique, notre chien vit dans un monde d’odeurs et de sons auxquels nous avons peu accès (voir pas du tout). Qu’il a d’autre part des comportements sociaux (pour interagir et éventuellement vivre en groupe avec ses congénères) codes de comportements qui sont loin des nôtres. Rien qu’avec ces quelques éléments de différenciations, on note que le chien n’est pas une copie d’être humain, duquel on peut attendre ce que justement seul un humain peut développer.

Dans tout notre quotidien avec le chien, nous devons donc tenir compte de ces éléments, pour trouver à harmoniser une cohabitation qui ne lui soit pas pathogène, et génératrice de ces troubles émotionnels, métaboliques, comportementaux et autres maladies organiques pouvant en découler.

 

Exemple de répression ordinaire

 

Nos compagnons à 4 pattes détectent très bien nos états émotionnels, qui transparaissent dans des comportements ou des odeurs qui sont pour eux autant d’indices accessibles (sécrétions cutanées variées et zones corporelles diverses, livrant au chien des messages à valeur et portée différentes). C’est ainsi par exemple, que nos paumes de mains ou notre zone génito-anale, les renseignent sur toute notre identité, nos peurs ou notre confiance.

Le comportement de flairage est donc indispensable à l’équilibre d’un chien pour s’ajuster devant toute situation de vie commune ou de rencontre.

Pourtant, le flairage (comme bien d’autres comportements naturels du chien) est fort mal apprécié des humains qui cherchent à l’étouffer. Voir son animal inspecter l’entre-jambes d’un visiteur ou d’une dame rencontrée en balade, est un comportement d’approche suffisamment loin de nos codes sociaux, pour être assez mal vu par tout le monde !

La répression de ce comportement est parfois étendue au flairage des propres congénères de l’animal (dont c’est pourtant le seul moyen pour s’ajuster émotionnellement et donc comportementalement) ou aux déjections des dits congénères (en référence à notre propre répugnance pour tout dépôt éliminatoire malodorant, solide ou liquide !)

Combien d’émotions, de frustrations, d’agitations, d’aboiements soulevés chez nos chiens par cette répression ordinaire, qui répétitive et ajoutée à tant d’autres mesures répressives toutes aussi « invisibles », leur fabrique une vie de tous les jours pas si facile.

Un quotidien ordinaire et relationnel générateur de quelques-uns de ces troubles métaboliques et comportementaux qui pourraient être évités, s’il l’on s’informait mieux des besoins éthologiques de l’animal.

 

Exemple d’un quotidien bouleversé

 

L’histoire assez banale de Nova (la Golden de Luc et Adeline) qui a vu arriver leur bébé il y a 2 ans, est pourtant significative de ce qu’un chien peut être bousculé et même débordé émotionnellement et biologiquement dans son relationnel.

Arrivée en fin de grossesse, Adeline qui travaille prend son congé maternité. Vient la naissance de bébé et encore un peu plus tard voilà la reprise du travail pour la jeune femme. Quelques mois passent et c’est le temps des vacances pour Adeline, Luc et bébé qui s’offrent 3 semaines de détente à la montagne. Mais cela sans Nova, qui contre l’habitude restera cette fois chez les grands parents.

Tous ces changements de rythme de vie successifs avec l’arrivée de bébé, bouleversent Nova sans que son malaise soit repéré.

Elle maigrit progressivement, son poil terni, tombe trop, elle s’isole, elle mange mal (plus mal qu’avant). Elle ne dort plus dans la chambre de ses maître qu’elle déserte d’elle-même, joue de moins en moins et même plus du tout. 

Nova urine dans la maison (ça n’était pas du tout son habitude) et ses maîtres finissent par repérer qu’elle boit plus qu’avant. Le vétérinaire consulté diagnostique un diabète et donne un traitement par insuline qui n’a jamais pu être équilibré (Nova faisait des accidents d’hypo glycémie)  

Un autre vétérinaire consulté, diagnostique un diabète hormonal et préconise de stériliser Nova et de lui donner une nourriture ménagère : les conseils sont suivis.

Nova vient à boire normalement mais elle continue d’uriner dans la maison, de jour et de nuit.

 

Adeline et Luc désemparés, font alors appel à moi

 

Quand je les rencontre, Nova pèse 24 kg, se traîne l’œil morne et j’ai du mal à reconnaître une Golden. Elle ne m’accueille pas, me jette à peine un regard. Elle serait devenue indépendante me dit-on !

Tout au long de l’entretient, Nova colle aux basques de sa maîtresse qu’elle sollicite constamment, recevant d’elle toutes les caresses et regards demandés (Nova était-elle aussi indépendante que ses maîtres la percevait ?)

On me la décrit comme très soumise, mais n’écoutant pas quand on veut la faire venir à soi ! (Comportements de Nova et interprétation de ses maîtres étant parfaitement contradictoires)

La gamelle stagne dans l’entrée dédaignée par Nova, qui ne mange que si on est présent. Vomissements et diarrhées lui arrivent périodiquement.

Elle boude les balades, il faut prier et tirer Nova pour la sortir de sa paresse !

 

Visiblement pour moi, Nova n’avait pas si bien que ça « encaissé » tous les changements de rythme de vie avec la venue de bébé (avec lequel elle est douce et respectueuse et même un rien distante).

Adeline et Luc médusés n’avaient aucunement rapproché l’apathie et les problèmes de santé de Nova, avec les changements de vie de la famille. (Les séparations -simples départs d’enfants ou divorces- ou au contraire les alliances nouvelles, les naissances, deuils, déménagements, bref tout ce qui vient modifier le quotidien et le système relationnel de l’animal, étant susceptible de le bouleverser émotionnellement plus ou moins fort et durablement)

 

Pour Nova, sur 2 années, la succession de pertes de ses anciens repères de vie a soulevé des émotions multiples et durables, qui ont fini par déborder toutes ses fonctions adaptatives, biologiques et comportementales.

 

Il s’imposait de réorganiser les rapports au quotidien avec Nova pour lui proposer une place relationnelle claire qui allait l’apaiser. En commençant déjà par deux éléments simples, mais qui indiqueraient à Nova, qui de ses maîtres ou elle, décide de quoi dans le groupe constitué :

  • Une gestion claire des interactions en étant à l’initiative de tout échange et contact avec Nova (et sans répondre à ses multiples et habituelles sollicitations). Initier les échanges sociaux avec le chien met en place claire de leader et permet que l'animal ne soit pas ballotté contradictoirement entre une place relationnelle et l'autre (ce qui est le cas quand il peut recevoir de l'attention à ses demandes de jeu, sorties ou caresses et qu'il se voit lui-même sommer d'obéir l'instant d'après aux ordres de ses maîtres... cette valse-hésitation des places étant source de frustrations et agitations diverses!)

  •  Une bonne gestion de la distribution de la nourriture, sans la lui laisser à disposition (laisser un chien gérer sa prise ou non de nourriture, ne lui indique pas clairement sa place dans le groupe)

 

C'est le pouvoir réorganisateur d’une relation plus respectueuse des besoins éthologiques du chien, qui a pu libérer Nova des tensions émotionnelles quotidiennes qui chahutaient sa biologie.

Sur quelques semaines, elle a petit à petit régulé tous ses comportements (alimentaire, d’élimination, de jeu, de balade, de veille et sommeil) elle a repris du « poil de la bête » ... et plus signe de diabète.

 

*Ethologue et neuropsychiatre

* Science du comportement

 

 

Danièle Mirat