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Texte publié dans le magazine "Atout
Chien" n° 231 de mai 2005
Intelligent… mais malpropre, et chipoteur avec ça !!
(mais en réalité mal dans ses
coussinets... parce qu'en manque de repère.)
Il y a les chiens que leurs propriétaires disent très
intelligents…
Ces « 4 pattes » sont en effet si prompts à apporter leur balle
dès qu’ils voient leurs maîtres inoccupés (c'est-à-dire en train
de lire ou regarder la télé… !) ou à se saisir de leur laisse
quand il leur semble « qu’il est l’heure » ! Ces chiens sont
intelligents, certes… mais pas seulement !
Il y a les chiens adultes qui ont très bien intégré de se
retenir, faire leurs besoins à l’extérieur au moment des
promenades multi quotidiennes, et qui malgré tout « s’oublient »
régulièrement dans la maison (généralement en l’absence de leurs
propriétaires). Ceux-ci découvrant en rentrant, des pipis le
long de pieds de lit, de table, meuble de salon, ou/et même des
selles bien moulées à des endroits préférés. Le véto traitant
n’ayant généralement pas décelé de pathologie urinaire ou autre,
alors ? Encore et toujours malpropres à leur âge ?... pas
exactement !
Il y a les chiens dynamiques et en parfaite santé aussi (leur
véto ayant déjà fait le point là-dessus) mais qui « chipotent »
sur leur gamelle, comme disent leurs maîtres. Petites natures
et difficiles ?... pas vraiment !
Et puis il y a Rouletabille, le chien qui cumule toutes ces
« spécialités » et catalogué par ses propriétaires un peu
dépassés (et c’est pourtant leur 6ème chien !)
comme : « très intelligent, mais malpropre et têtu, et chipoteur
de surcroît »…
Pourtant l’impertinent Rouletabille n’est peut-être pas
exactement celui que l’on croit !
Toujours vigilant, Rouletabille est prompt à apporter ses jouets
quand personne ne s’occupe de lui… A s’emparer et transporter
les serviettes de table quand ses maîtres préparent leur repas…
A apporter ses croquettes une par une pour les manger près
d’eux… A se saisir de sa laisse matin, midi et soir après chaque
repas, et même tardivement juste à la fin du dernier programme
télé…et en aboyant si l’on ne fait pas assez vite !
Admiratifs et répondants à toutes ces sollicitations amusantes
de leur chien, les maîtres de Rouletabille sont pourtant navrés
de constater qu’un animal aussi « intelligent » comme ils
disent, n’ait apparemment pas « compris » la propreté. Ils
retrouvent en effet régulièrement ses « petits » et « gros
besoins » dans la maison, souvent au lever le matin ou aussi
lors de leurs rares absences.
Ils évoquent que Rouletabille ne mange justement pas de manière
régulière et que c’est peut-être la raison de ses éliminations
un peu anarchiques. Quand il ne les transporte pas au moment des
repas de ses maîtres, ses croquettes proposées en libre service,
n’éveillent un peu l’appétit de Rouletabille que quand ses
maîtres y ajoutent des « petits plus, fromage ou morceaux de
viande » et que patiemment on le caresse pour le motiver à les
absorber.
Le dictionnaire définit l’intelligence comme
l’aptitude à s’adapter à une situation, à choisir des moyens
d’action
en fonction des circonstances.
Le chien a indéniablement de formidables facultés
d’adaptation à vivre avec des être humains et l’on peut dire en
cela justement, qu’il est très intelligent. (Condition
toutefois : un chiot doit vivre de sa 3ème à sa 12ème
semaine, dans un environnement riche et stimulant, car le
développement du cerveau dépend directement du niveau de
stimulation de l’environnement
du jeune âge)
Rouletabille est certes intelligent comme le pensent ses
maîtres, mais il peine pourtant à s’adapter au système
relationnel dans lequel il évolue, en cherchant à modifier sa
situation et son environnement. Sa constante vigilance à
proposer des interactions à ses maîtres (des demandes
insistantes qui doivent trouver réponses) ses « besoins » semés
dans la maison et son appétit inégal, sont justement autant de
symptômes de son malaise, alors que rien n’est repéré comme tel.
Parce que le concept d’égalité n’existe pas pour les chiens (qui
sont, faut-il le rappeler, des êtres sociaux) Rouletabille est
en quête de repères qui lui permettraient de connaître sa place
au sein de sa relation avec ses propriétaires.
Sans avoir absolument besoin « d’être dominé » un chien doit
simplement savoir s’il a la place de celui qui décide pour
lui-même et les autres, ou la place de celui pour qui ses
maîtres décident.
Animal
captif et entièrement dépendant, un chien ne peut pas tenir
confortablement la fonction de décideur. Par contre il s’adapte
aisément à des maîtres qui savent tenir clairement ce rang en
décidant tout pour lui avec constance, sans changer de rôle au
gré de leurs humeurs. Rouletabille, lui, voit ses propriétaires
répondre à presque toutes ses demandes d’attention (parfois
amusantes il est vrai !) faisant de lui un chien despote. Du
coup il s’immisce dans leurs activités pour commander les jeux,
il décide du moment des sorties et il impose quand, comment, où
et ce qu’il va manger. Si au gré de leur humeur ou emploi du
temps ses maîtres ne lui répondent pas avec assez de constance
(ils sont parfois irrités ou pris par quelques priorités !)
Rouletabille marque alors à l’urine ou avec ses selles, face à
l’incohérence de leurs comportements. Non pas par vengeance,
mais parce selon les codes sociaux canins, c’est ainsi qu’on
cherche à en imposer à l’autre !
Rouletabille a régulé son comportements d’alimentation (plus de
chipotage) et d’élimination (plus de marquage) quand ses
propriétaires sont devenus simplement « les meneurs » dans leur
relation. Ils ont cessé de répondre à toutes les sollicitations
de leur chien, même les plus amusantes (avec une difficile
constance devant son insistance décuplée !). Sans rien lui
donner à table, ils lui ont proposé de manger seul dans la
cuisine, en rangeant toujours la gamelle au bout d’1/4 d’h si
elle n’était pas vidée (très dur les 3 premiers jours, car
Rouletabille ne voulait rien manger « de cette manière ! »)
Ces quelques règles de vie posées avec cohérence, ont ainsi
permis à ce chien « intelligent » mais en réalité mal dans ses
coussinets, de devenir un compagnon agréable. Pour le bon
équilibre physiologique et comportemental de Rouletabille ses
maîtres ont cherché à comprendre, sans rester sur les
conclusions hâtives habituellement posées sur les comportements
banals (un rien amusants, un rien irritants !) de leur animal.
Danièle Mirat |