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Ethologie Éthologie du chien familier Le chien: inné + acquis La communication L'origine: le loup La domestication cohabitation chien/chat Le comportement sexuel du chien Enfermement et isolement Les conduites agressives Déclaration des droits de l'animal lexique Texte publié dans le magazine "Molosses news" n° 24 de Décembre 2002/Janvier 2003.
Qui est le chien ?
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Comment les choses ont peut-être commencé entre l'Homme et le loup
Entre crainte et attirance, il y a plus de 300 000 ans, hommes et loups se côtoyaient déjà (le site de Zhoukoudian en Chine du nord en atteste, puisque ossements d’humains et de loups y sont retrouvés) Vivant en meute, et prédateur comme l’homme, le loup était le mammifère terrestre le plus répandu sur la planète. Les hommes et les loups ont certainement pu vivre et chasser sur les mêmes territoires. Comment les choses ont-elles pu commencer entre les hommes et le loup ? Les réponses à cette question restent floues et beaucoup d’hypothèses ont été avancées sur la domestication de cet animal. Que le loup se soit auto-domestiqué ou que l’homme l’ait apprivoisé, rien n’empêche d’imaginer à l’origine entre ces deux prédateurs, sinon une alliance pour leur survie, en tout cas un respect mutuel. L’homme n’a sans doute pas manqué d’admirer chez le loup, ses formidables dispositions pour la chasse, avec son odorat performant, la finesse de son ouïe, sa rapidité à la course, la puissance de ses mâchoires. Pour se protéger de certains prédateurs, l’homme se sédentarisant, a-t-il usé justement de la finesse des perceptions olfactives et auditives du loup plus prompt que lui à repérer une approche ? Le loup de son côté n’a sans doute pas manqué de convoiter les restes de chasse des hommes, et peut-être a-t-il pris l’habitude de s’en régaler aux abords de leurs campements.
Mais l’homme n’a pas pu domestiquer tous les animaux, car ils n’ont pas tous à l’état sauvage les particularités qui aident au passage vie sauvage à vie domestique (par exemple vivre en groupes sociaux organisés et hiérarchisés*, pouvoir s’accoupler à proximité des autres, ne pas avoir d’exigences trop spécifiques pour l’alimentation, etc …)
Le loup remplissait le mieux toutes ces conditions pour en faire le champion de la domestication par l’homme.
Dans la nature hostile, en se regroupant, on peut mieux assurer sa survie. Les loups à l’état sauvage vivent ainsi, en groupes sociaux gérés par un ordre de dominance qui fixe le rôle, la place, les privilèges et devoirs de chacun. Ils peuvent se permettre ensemble de chasser de plus grosses proies, sur un territoire qu’à eux tous ils gardent et défendent contre d’autres meutes, pour s’en réserver la nourriture. Quand des louveteaux naissent, il est courant que la femelle soit assistée par d’autres membres du groupe dans sa tâche d’élever et protéger les petits. Toute cette belle organisation n’étant possible que si un chef domine, motive les autres à le suivre, le respecter et lui obéir. C’est la forte assurance en lui de ce leader qui régule les comportements de tous au sein de la meute, limite les conflits, impose à chacun l’attitude juste en regard de sa position hiérarchique. Des observations de meutes de loups en liberté, font remarquer que le leader ne règne pas spécialement par la terreur sur son groupe, et que les rapports sont souvent amicaux, quoiqu’un peu moins peut-être à la saison de reproduction.
Le chien familier d’aujourd’hui
Avertis et conscients de l’héritage génétique et comportemental de notre chien qui n’est aujourd’hui qu’un « loup civilisé »*, nous sommes obligés de considérer le poids de cet héritage et d’en tenir compte dans notre mode de relation à cet animal, tout spécialement quand c’est un sujet au caractère bien trempé. Pas question de proposer à notre compagnon d’être notre égal, car pour lui cela ne veut rien dire. Pas non plus question de lui proposer la charge d’une place de chef qu’il ne pourrait évidemment pas tenir. L’une et l’autre position (celle d’un égal pour laquelle il n’a pas de références canines, aussi bien que celle d’un chef qui ne peut rien décider de la conduite de sa vie et encore moins de la nôtre) ne font que jeter le chien dans l’inconfort, voire le mal être, la confusion, et déclencher chez lui des comportements désordonnés de toutes sortes (agitations, malpropreté, agressivité, peurs, etc.) En ayant clairement l’ascendant sur son chien, l’homme a toutes les chances d’être respecté et obéi de son animal, comme le loup « Alpha* » l’est lui-même, sans nul besoin d’être tyrannique, mais simplement correctement positionné avec fermeté, constance et cohérence
Il y a 100 ans encore on ne comptait q’une centaine de races canines, et les principales fonctions de tous ces chiens près de l’homme était utilitaires : la chasse, la garde, la défense comme depuis toujours.
Un siècle plus tard quelque 400 races nous sont maintenant proposées.
L’homme a fait naître des chiens aux yeux absents et perdus sous des poils très longs, aux oreilles si grandes et si tombantes qu’elles traînent par terre, à la peau si grande qu’elle en fait des plis, au nez si aplati qu’il ne sert que trop mal à respirer. Par ces excès, l’homme gêne ou entrave certains de ces animaux dans leurs capacités à communiquer convenablement avec leurs congénères (par le regard, la position des oreilles, l’érection du poil) quand il ne les condamne pas à des pathologies respiratoires ou dermatologiques. Non content de cette diversité, l’homme intervient encore chirurgicalement, en coupant la queue des chiens de certaines races, les privant gravement de cet appendice justement si nécessaire à la clarté de leur communication, ou bien en retaillant les oreilles, pour les revoir raides et droites comme chez le loup, alors que c’est de sa propre intervention quelles étaient apparues tombantes chez ces races ! Toutes ces modifications artificielles n’ont pas été que profitables aux chiens par rapport à son aïeul. Au contraire, elles ont rendu leur langage gestuel infiniment moins clair et précis entre eux, quand ils se rencontrent. Or, les bonnes relations dépendent de la clarté de la communication. Tout particulièrement conditionnés, les chiens d’aujourd’hui excellent dans de nouveaux métiers d’aide aux humains. L’assistance au quotidien de personnes handicapées, la recherche de drogues, d’explosifs ou de personnes ensevelies, noyées, sont les exemples les plus courants. Leur plus dur métier de nos jours, celui où ils sont appelés le plus souvent, est celui de chien de compagnie dans la famille. Je dis que c’est le plus dur métier de chien car ils n’ont pas de formation pour cela et pourtant les tâches couramment exigées d’eux sont immenses. À côté des attentes conscientes du chien compagnon de vie, l’homme a bien des attentes inconscientes, où l’animal doit remplir un rôle que seul un humain devrait pouvoir tenir. En confident, consolateur, en substitut d’un enfant, d’un être cher trop absent ou disparu, en médiateur ou otage d’un couple désuni par exemple, le chien est bien dépourvu de réponses sans que personne ne le perçoive vraiment. Quand l’animal est destiné à restaurer ou renforcer une image sociale, ou pris pour inspirer la crainte et servir « d’arme » en quelque sorte, la position qu’on lui propose n’est pas plus confortable. Pourtant, tous ces chiens d’aujourd’hui essaient bravement et au prix parfois de leur propre équilibre, de remplir les tâches multiples que leur assignent les hommes, si souvent dans l’irrespect de leur identité de canidé. En maintenant le chien complètement dépendant de nous pour notre confort, nous l’avons modifié à l’envi et infantilisé.
Alors aujourd’hui, efforçons-nous de comprendre ses conduites et réponses à nos comportements, en les interprétant sous l’angle canin et pas humain. Rendons-lui enfin la vie la plus compréhensible possible, en lui offrant d’abord une place claire et précise de subordonné au sein de notre famille, parce que c’est la seule qu’il peut tenir confortablement. Danièle Mirat
*« LE CHIEN un loup civilisé » : pour en savoir plus, lire l’ouvrage d’ E. Téroni et J. Cattet *L’empreinte ou imprégnation : processus par lequel un être vivant s’attache rapidement et durablement au premier être vivant qu’il rencontre et côtoie pendant les premiers moments de sa vie. Ce premier être vivant peut être sa mère ou n’importe quel individu de n’importe quelle espèce ou bien même un objet. La période dite sensible pendant laquelle s’exerce ce phénomène varie suivant les espèces animales. Elle peut se situer de quelques heures seulement après la naissance (chez les poussins et les canetons) à quelques semaines (chez les chiens) et durer juste quelques heures ou plusieurs semaines voire de nombreux mois (chez les humains). (C’est l’observation de ce phénomène sur les canetons et les oies qui fit connaître mondialement le grand éthologiste Konrad Lorenz) *La hiérarchie sociale : distribution ordonnée des droits et devoirs au sein d’un groupe d’animaux ; au sommet de l’échelonnement social se trouve un individu ou un couple dominant, qui a la priorité d’accès à la nourriture, aux déplacements, aux meilleures places de repos, à la sexualité. Les rapports de dominance dans le groupe, concourent à la stabilisation des relations, limitent les conflits, maintiennent la cohésion. Une bonne communication, c’est à dire la transmission de signaux, d’échanges d’informations, est nécessaire au maintien de cet ordre social, la survie du groupe et de l’espèce en dépend. *Alpha : nom généralement donné au dominant d’une meute de loup.
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