|
Article
paru dans le Hors-série N° 56 "Atout Chien" (oct, nov, déc 2003)
Le
guide des races canines
Comportementalistes: pour une harmonie assurée
Les comportementalistes, spécialistes de
le relation homme/chien, sont à même de nous aider lorsque nous
rencontrons des difficultés avec notre compagnon.
Ces problèmes, regardons les choses en
face, ne viennent pas nécessairement du chiot ou du chien. Nous avons
parfois certains comportements, commettons certaines erreurs, qui sont
à l'origine de troubles qui se développent chez l'animal.
C'est pour cela que l'analyse et le
travail de ces comportementalistes peuvent être d'un grand secours pour
retrouver une harmonie parfaite.
Trop de maîtres
confrontés à des difficultés avec leur chien ne savent pas précisément à
quel professionnel faire appel.
L’animal est agressif,
ou aboyeur, craintif, destructeur…ce chien est-il malade ? Doit-il être
dressé ? Ce sont les premières questions qui viennent à l’esprit, mais
n’est-il pas temps de se demander si ce chien n’a pas avant tout besoin d’être
compris ?
Laurence
Bruder, comportementaliste en Alsace l’explique très
bien :
« La pratique de
ce spécialiste des relations entre l’Homme et le Chien est différente de
celles des autres professionnels du milieu canin. Son but est de favoriser ou rétablir
si nécessaire, les rapports complices et harmonieux entre le maître et son
animal. »
« Il y a plus
d’un an, la maîtresse de Douchka femelle doberman de 4 mois, quitte mon cours
d’éducation pour chiots sur les conseils de son éleveur : un doberman
ça se dresse disait-il, il faut aller dans un club.
J’ai bien sûr respecté
son choix.
Surprise ! quelques
mois plus tard la même personne me rappelle, démunie face aux grognements de
la chienne et craignant à juste titre que la situation ne dégénère et
finisse en morsure.
J’ai rencontré toute
la famille et appris que l’éleveur avait aussi conseillé que les enfants, 8
et 4 ans, fassent comprendre à Douchka qu’ils étaient ses supérieurs.
Maintenant de âgée de
18 mois, la chienne devait supporter sans broncher de multiples agressions
enfantines. Suite à un premier grognement, Douchka avait été exclue de la
maison et vivait à l’extérieur visiblement angoissée, pleine de pellicules
et perdant ses poils.
Après avoir exposé le
comportement social normal d’un chien, j’ai proposé que la chienne soit
placée
dans une hiérarchie
claire et sans violence et que les enfants abandonnent tout rapport de
force avec Douchka, pour ne garder que jeux et câlins.
J’ai expliqué comment
faire comprendre en douceur à la chienne qu’elle n’était pas la maîtresse
de la famille et proposé sa réintégration dans la maison, avec des règles à
faire observer par tous, enfants compris. Gestion de ses déplacements dans la
maison et des contacts affectifs, respect de son repos, de son repas, furent les
premières directives.
Quelques jours plus tard
le bilan était positif, mes conseils avaient été appliqués.
La chienne était câline,
ses maîtres comprenaient mieux ses réactions et ne commettaient plus les
erreurs précédentes. Douchka apaisée, n’avait plus grogné depuis
longtemps, semblait heureuse de faire à nouveau partie de la famille et répondait
joueuse aux appels au jeu des enfants. »
Comme la maîtresse de
Douchka beaucoup ignorent encore ce que l’on peut attendre du
comportementaliste.
Michel
Quertainmont
comportementaliste en Ile de France,
nous l’explique :
« La surprise est
souvent la première réaction face au mot « comportementaliste »,
puis très rapidement, confronté à quelque chose d’inconnu, chacun fait
appel à des connaissances antérieures qui lui sont propres pour identifier
cette nouveauté. Ce qui a pour effet de décrire le comportementaliste, ici un
spécialiste de la relation homme/chien, sous des appellations multiples et variées,
tantôt « psy pour chiens », tantôt « éducateur canin »…Il
nous faut raison garder, ces termes ne représentent pas fidèlement le rôle du
comportementaliste, « psy » étant une identification floue (psy -chologue
–chiatre –chanalyste ?) et peu appropriée dès qu’elle concerne le
chien. Le terme d’éducateur, plus précis, véhicule une idée
d’apprentissage, qui ne correspond pas à la réalité de la démarche du
comportementaliste, même s’il a des connaissances en ce domaine.
Mais qui est le
comportementaliste alors ? Psychien
ou aboielogue ?
C’est un conseiller,
un médiateur qui appréhende la relation homme/chien non pas sous un unique
angle d’approche, mais dans sa globalité contextuelle, sociale, affective…Dès
lors pas de divan pour le chien, mais quelques entretiens semi directifs avec
son entourage proche permettent de rétablir une relation harmonieuse.Tout
comportement jugé dérangeant peut donc amener à consulter un
comportementaliste. De même faire appel à lui avant de choisir ou accueillir
un chiot est une démarche responsable, trop peu réalisée malgré son intérêt
préventif. »
Ils sont appelés
souvent « quand rien ne va plus », mais les comportementalistes
souhaitent bien sûr travailler préventivement.
Eléonore
Buffet comportementaliste en Rhône-Alpes nous en parle:
« Si on a tendance
à faire appel au comportementaliste uniquement en cas de problème relationnel
avec son chien, il a pourtant un rôle préventif très important en amont,
notamment avant l'acquisition du chiot et dès l'arrivée de celui-ci dans la
famille.
Les futurs maîtres négligent
souvent cette démarche, tout pressés qu'ils sont de tenir dans leurs bras
"la petite boule de poils" ; mais le comportementaliste va
soulever des questions importantes qui leur permettra d'éviter certaines
erreurs dans le choix du type d'élevage (animalerie, professionnel ou
particulier) de la race et du chiot lui-même, ainsi que de répondre à leurs
interrogations. Après l'acquisition, là encore le comportementaliste, en réajustant
les petites faiblesses des uns et des autres, aide à mettre en place une bonne
relation entre les membres de la famille et le chiot.
Pour aider chaque maître
à mieux connaître les compétences de son nouveau compagnon, j'anime des
"ateliers chiot"qui se déroulent autour de trois grands axes :
la socialisation par le jeu, la connaissance du chien et de ses besoins spécifiques
et les exercices éducatifs.
Ils
permettent à tous de partager des moments forts en émotions, riches en découvertes
et en jeux.
Dans un cadre
campagnard, à 20 min d'Annecy et de Genève, ils ont lieu 1 à 2 fois par mois
et concernent tous les chiots entre 2 et 6 mois environ et tous les maîtres qui
souhaitent avoir un compagnon "bien dans ses poils". »
Encore plus en amont,
les comportementalistes travaillent avec les éleveurs.
Kjersti
Fanals, comportementaliste et éleveuse de lévriers en Rhône-Alpes, fait
remarquer :
« Outre
l’intervention auprès du grand public, le comportementaliste tient un autre rôle,
celui de conseiller pour les éleveurs de chiens de race.
Si le vétérinaire est indispensable sur le plan
de santé de la chienne, l’équilibre psychique me paraît tout aussi
important pour le développement équilibré des chiots. Les éleveurs
souhaitant faire produire des chiots bien dans leur « pattes » font
aujourd’hui appel au comportementaliste qui les renseigne sur les points
importants à chaque stade de l’élevage :
La sélection des
reproducteurs mérite réflexion, surtout si l’on désire faire évoluer une
lignée à l’intérieur de la race choisie. Une information objective sur les
points à ne pas négliger s’avère souvent utile.
Une fois la lice gestante, son sentiment de sécurité
sera indispensable pour une mise bas dans des conditions idéales. Comment
l’installer en attendant la naissance ?
Les trois premiers
mois de la vie du chien constituent la base de la future vie d’adulte,
aussi, toutes les étapes seront réfléchies. L’éleveur soucieux de la
qualité des chiots nés chez lui sera ainsi « armé » pour leur
proposer des stimuli divers aidant à leur bonne intégration en famille/société.
Certains éleveurs
fournissent des conseils précieux de suivi aux nouveaux propriétaires une fois
que le chiot a quitté l’élevage. Lesquels proposer ?
A éleveur compétent : Acheteur sérieux !
Les attentes chez les deux parties sont parfois divergentes, mais le
comportementaliste peut faire le lien entre les deux. »
Comportementaliste
aussi en Rhône Alpes, Josiane Burgard
elle, propose avec les
connaissances en psychologie et éthologie du comportementaliste, d’aider par
la thérapie facilitée par l’animal.
« La relation
homme /animal existe depuis la nuit des temps.
La présence du chien
aux cotés de l'homme serait reconnue comme étant la plus ancienne de tous les
animaux familiers.
On
ne compte plus de nos jours le nombre de foyers où le chien a investi la
cellule familiale. Des chercheurs se sont penchés sur les liens bénéfiques
qui unissent l'homme et le chien. De ces travaux est née " la thérapie
facilitée par l'animal ".
Le chien est maintenant sollicité
pour intervenir dans les maisons de retraite, les MASS, les foyers pour
polyhandicapés en tant que chien visiteur ou chien collectif.
C’est dans un cadre
similaire, que j'ai mené durant 5 ans, une expérience avec mon propre chien
Terrier du Tibet "MADGIC".
L'animal est un
excellent support à la communication, médiateur de la relation, il désinhibe
certains sujets, unifie d'autres ou stimule. Il est facteur d'activités
physiques et relationnelles.
L'animal est un être
vivant, pourvu d'émotions et de sentiments, qu'il convient de bien connaître
et tout ne peut être tenté. Les résidents doivent faire l'objet
d'un projet individualisé ne confirmant aucune contre indication à ce type de
pratique. Il est impératif que le chien soit préservé des agressions, stress
etc., afin de respecter son équilibre psychique et physique.
D'où l’importance
d'une formation en éthologie et en psychologie garantissant le sérieux de la
prise en charge, le respect de chacun et l'harmonie de la relation. »
Sylvie
Ducret comportementaliste en Alsace, fait même « parler ! »
les chiens :
« Nous sommes Rox
et Sultane, deux dobermans vivant chez un couple d’humains.
Longtemps livrés à
nous-même dans le jardin, devant alors faire face à nos craintes et aux
dangers environnants en aboyant au moindre imprévu.
Quand par grande peur la
pression devenait trop forte, nous nous battions, parfois jusqu’au sang.
Pour nos maîtres, la situation était devenue ingérable, au point de
vouloir se séparer de l’un d’entre nous.
Heureusement, avant de
s’y résoudre, ils ont fait appel à Sylvie DUCRET, comportementaliste sur
la région Strasbourgeoise.
La comportementaliste a
très bien su comprendre nos problèmes et a conseillé nos maîtres pour
qu’ils nous intègrent mieux au sein de leur groupe. Nous avons enfin pu nous
reposer sur les humains : comme ils se sont montrés à la hauteur des
chefs de groupe, nous n’avons plus à être sans cesse sur le qui-vive pour
repousser un danger éventuel, c’est maintenant le rôle de nos maîtres.
Du coup fini les
bagarres ! Nous pouvons désormais vaquer à nos occupations de chien :
jouer comme des fous, fouiner, renifler, dormir paisiblement.
En plus, chacun a son
espace réservé (panier). La vie est bien plus agréable depuis que la
comportementaliste aide nos maîtres à mieux nous comprendre.
Cela nous a aussi permis
de mieux accepter nos maîtres et interpréter leurs rituels, car nous vivons
avec eux dans la maison et partageons désormais leurs activités quotidiennes.»
"Le chien a pris
une place de membre de la famille et cela entraîne des difficultés qui font
chercher à résoudre les problèmes d’une cohabitation qui n’est pas
toujours facile.
Un spécialiste du
comportement s’est donc naturellement imposé depuis quelques années pour
cela : c’est le comportementaliste explique Danièle
Mirat, comportementaliste à Paris et sa banlieue.
Mais on ne s’improvise
pas spécialiste du comportement canin et ce sont des études sérieuses, dans
des centres de formations de haut niveau qui peuvent y mener.
Le comportementaliste ne
cherche ni à médicaliser ni à dresser le chien, et c’est ainsi qu’il
souhaite ne pas être confondu avec les vétérinaires comportementalistes et
les éducateurs comportementalistes.
Pour que le public sache
reconnaître et choisir le professionnel dont il a besoin, les
comportementalistes se regroupent en associations.
Membre
de la F.I.C. (Fédération Internationale des Comportementalistes)
l’association de comportementalistes C.A.D.« Chiens d’Aujourd’hui
et de Demain » est un de ces regroupements.
En son sein, ses membres
défendent leur spécificité et militent pour faire connaître leurs compétences
développées à partir de connaissances acquises en éthologie et psychologie,
ainsi que les faire reconnaître par l’état.
Alors pour une intégration
toujours meilleure du chien dans la famille et la société, les membres
fondateurs de C.A.D lancent aujourd’hui deux invitations :
·
une aux professionnels qui ne les ont pas encore
rejoints,
·
et l’autre aux propriétaires de chiens qui
souhaitent vivre en bonne harmonie avec leur compagnon".
|