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Texte publié dans le magazine Rottweiler News n° 3 de Janvier/février
2007
(en co-rédaction avec
Jean Paul Hadjadj Comportementaliste)
Trouver le chiot Rott de ses
rêves chez le "bon" éleveur
S’il y a un chien à ne pas acheter n’importe où, c’est bien le
Rottweiler, car grande est la pression de l'opinion publique et
des médias qui le montrent du doigt.
Inscrit on non au LOF*, un sujet de cette race fait partie de la
2ème catégorie dite « chiens dangereux ». Cette
disposition pourrait à tout moment être modifiée par les
pouvoirs publics, qui feraient passer les non LOF en 1ère
catégorie. C’est assez pour faire réfléchir tout futur
acquéreur, qui se retrouverait alors avec un chien à stériliser
obligatoirement, et dont l’accès aux lieux et locaux ouverts au
public ne serait plus autorisé, même en laisse et muselière.
Un achat responsable doit donc être celui d’un chiot LOF et se
faire dans un élevage, mais comment trouver « le bon ? »
Le souci du futur propriétaire à la recherche de ce "bon"
éleveur, est de trouver un chiot en bonne santé qui pourra
devenir un adulte en pleine forme. Il va donc s'inquiéter des
conditions d'hygiène de l'élevage et se renseigner sur l'état de
santé des parents (entre autre, l'absence de tare génétique
telle que la dysplasie). Tout cela est primordial mais n’est
pas tout, car la stabilité émotionnelle du chiot est un critère
de choix dont il faut particulièrement s’informer.
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Bien sous tous rapports
Parce que plus que tout autre chien, un Rott se doit
d'être équilibré, stable et comme on dit "bien dans sa
tête », la question est de savoir ce qui peut favoriser le
meilleur équilibre du chiot, et assurer qu’il fera un bon
chien de compagnie ou même de défense et d’utilité.
Reprenons une phrase d'Antonio Ruiz dans le n° 1 de la
revue : « le Rottweiler est un chien de caractère, ce
qui ne veut pas dire avec un sale caractère, mais
simplement un gros caractère. D'où cela peut-il venir ? De
son passé de chien de bouvier. Pour s'imposer face à un
troupeau de bœufs, le chien doit être fort, physiquement
mais surtout au niveau du caractère…"
Ce passé est bien loin, alors quelle attente a aujourd’hui
l’acquéreur qui ne souhaite pas se faire remarquer en
promenant son Rott ?
Il le veut sociable avec ses congénères et les humains
(enfants ou adultes) et que son fort tempérament ne se
traduise pas par de l'agressivité, mais par une grande
stabilité et un parfait équilibre, pour s'adapter aux
situations de la vie de sa famille ou au travail auquel il
le destine.
Comment obtenir cet équilibre, à partir de quand ce profil
se façonne-t-il?
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Inné et acquis
C’est la richesse en stimulations de la vie du très jeune âge,
qui prépare un chiot équilibré et apte à poursuivre sans crainte
ni surexcitabilité excessives, l’apprentissage de la vie avec
ses futurs propriétaires.
Tout chiot est d’abord l’expression de son patrimoine génétique,
c’est évident. Cependant, cette « promesse » génétique ne se
réalisera pour donner un animal prêt à vivre en société, que si
toutes les conditions sont réunies pour favoriser son bon
développement physiologique, mais aussi psychique et
comportemental.
Le
chiot fait l’acquisition de mécanismes adaptatifs à son
environnement en général (c. à d. à tous milieux de vie urbaine
ou rurale et des êtres vivants qui les peuplent) par la richesse
et la qualité de ses expériences précoces.
Sa stabilité émotionnelle commence à se forger déjà in utero et
s’installe tout au long de ses premières semaines de vie à
l’élevage. On comprendra de suite que le choix des
reproducteurs, la qualité de vie et de mise bas de la femelle
gestante, ainsi que les conditions de développement précoce des
chiots, sont tout un ensemble à prendre en compte par un
acquéreur responsable.
Avant la naissance et après
La qualité du vécu prénatal influe sur le comportement du chiot
qui naîtra, le bien être ou au contraire, le mal être psychique
de la génitrice, faisant toute la différence.
Quand il n’est pas offert une gestation paisible et confortable
à une femelle, les chiots « baignent » dans la gamme des
émotions négatives des chocs et du stress vécus par leur mère.
C’est déjà une certaine sensibilité qui s’acquiert là, in utero.
Des conditions de vie paisibles sont donc à privilégier pour la
reproductrice.
Une grande partie du devenir de notre Rott va se jouer dans les
toutes premières semaines qui suivent sa naissance.
A ce stade, le cerveau du petit est en plein développement. Une
majorité de neurones se trouveront mis en activité par les
stimulations de son environnement, reçues de ses différents
organes sensoriels. Des contacts corporels, de la lumière, des
bruits, des odeurs, puis des interactions avec les congénères et
autres espèces humaine et animales, vont progressivement
sculpter et programmer richement ce cerveau.
Sans stimuli extérieurs à lui-même, le chiot n’acquiert pas de
capacités motrices, tactiles, visuelles, auditives et olfactives
performantes.
S’il n’y est pas exercé très tôt, il n’acquiert pas non plus de
bonnes capacités à connaître et reconnaître les siens ou
d’autres êtres vivants, ni à communiquer aisément et
efficacement plus tard avec eux.
Indispensable à savoir
Liée au comportement exploratoire, la stabilité émotionnelle du
chiot se forge essentiellement entre sa 3è et sa 8è semaine, si
sécurisé par la proximité de sa mère et sa fratrie, il peut
rencontrer un monde suffisamment diversifié.
C’est durant cette période de forte attraction sociale, qu’un
univers varié et stimulant lui permet d’abord de découvrir et se
familiariser avec des formes, des matières et des couleurs, des
sons et des odeurs.
Il peut apprendre à aborder les objets, à exercer sa motricité
et devenir de plus en plus confiant et assuré.
Enrichit
d’expériences multiples, le chiot est préparé pour plus tard à
des réactions pondérées devant toute nouveauté.
Parallèlement, il doit apprendre à interagir avec les êtres
vivants (d’abord ses congénères) et doit pour cela être laissé
avec sa mère et sa fratrie, minimum 8 pleines semaines.
Les interactions avec les siens lui permettent de structurer des
comportements sociaux et le préparent à une future vie
collective. L’apprentissage de la ritualisation des contacts
entre chiens se fait là, et les mécanismes de l’autocontrôle et
de l’inhibition de la morsure se mettent en place. Le
chiot apprend le contrôle et l’interruption de tout
comportement, mouvements, morsures, au cours des jeux de
combats. Privé de ces acquisitions précoces, un chiot risque
de devenir un animal «tornade» que rien ne sait arrêter, avec
ses congénères et les humains.
Dans le même temps, de quotidiennes manipulations douces et
attentives du chiot par les éleveurs, habituent celui-ci à
considérer l’humain comme espèce amie.
Les différents profils masculins et féminins, adultes et enfants
sont à lui faire rencontrer, si possible en admettant un peu la
fratrie dans l’habitat. Familiarisé aux bruits et odeurs d’un
intérieur d’humains, à leurs gestuelles, voix et contacts, le
chiot est mieux armés pour la vie en famille et préparé à
aborder tout contexte nouveau sans stress majeur.
Une familiarisation également précoce à d’autres espèces
animales (spécialement aux chats et rongeurs avec lesquels
beaucoup de Rotts devront cohabiter) garantit l’aisance du chiot
à vivre plus tard près d’eux.
Questionner et rencontrer les éleveurs
Toutes ces bonnes conditions de développement précoce et de
socialisation des chiots sont donc à privilégier pour la
prochaine acquisition d’un petit Rott, et l’on mesure là que
l’élevage en chenils et boxes isolés ne favorisera pas leur
plein épanouissement sensoriel et émotionnel.
La diversité des questions à poser à l’éleveur est grande et une
visite des lieux est conseillée. Tout éleveur consciencieux
autorise à voir ses locaux et conditions d’élevage, tout en
prenant le soin d’imposer quelques élémentaires mesures
restrictives, d’hygiène et de tranquillité de ses chiens.
Certaines femelles peuvent parfois être très soucieuses de la
sécurité de leurs petits et se monter peu « aimables », il n’est
donc pas utile de les soumettre à ce stress. La reproductrice et
les chiots pouvant alors être vus séparément.
L’aventure avec le chiot choisit durera ensuite bien plus d’une
décennie, tous ces soins pour le trouver ne seront donc pas
superflus.
* Livre des origines françaises
Co-rédaction de Danièle Mirat et
Jean Paul Hadjadj
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