Texte publié dans le magazine "Atout
Chien" n° 230 d'avril 2005
"Les chiens ne font pas des
chats"
Une fois encore dans cette rubrique, le
sens de cette expression populaire n’échappe à personne, quand
elle suggère que nous hériterions de comportements, goûts et
attirances ou même manies et travers qui seraient des reflets de
nos parents ou aïeux.
Alors qu’en serait-il au sujet des chiens,
et surtout de ceux qui ne répondent pas toujours aux attentes de
leurs maîtres ? De quoi et de qui auraient-ils « hérité » ?
Avant de naître
Tout chien est d’abord l’expression de son
patrimoine génétique, c’est évident.
Comme c’est un animal social, il a des
facultés innées à devenir un chien pouvant vivre en groupe,
grâce à sa capacité d’apprendre à communiquer, lui permettant de
s’adapter à son environnement.
Cette « promesse » génétique ne pourra
cependant se réaliser et donner un chien apte à vivre dans une
famille humaine, que si de bonnes conditions sont réunies pour
favoriser le développement physiologique, psychique et social de
cet animal.
Un chien, c’est tout une somme d’aventures qui vont le façonner,
et faire de lui le compagnon équilibré et sociable que tout le
monde aime, ou au contraire l’animal agressif ou peureux ou
malpropre (ou tout à la fois !) que personne ne comprend et
voudra rejeter.
Somme d’aventures qui commencent bien avant
la naissance du chiot, quand -in utero- il fait d’ores et déjà
ses premiers « apprentissages ».
La qualité du vécu prénatal influe sur le
comportement du chiot qui naîtra –le bien-être ou au contraire
le mal-être psychique et physique de la génitrice- faisant toute
la différence.
Quand il n’est pas offert à une chienne une
gestation paisible et confortable, les chiots « baignent » dans
la gamme des émotions négatives des chocs et du stress vécus par
leur mère. C’est déjà une certaine sensibilité qui s’acquiert
là, in utero.
Dès la naissance
L’histoire du chiot continue de s’enrichir
de son vécu chez l’éleveur ou sa famille d’élevage.
Une génitrice peu sociable, anxieuse et
peureuse, agitée et peu attentive, ou trop tolérante et
permissive, ou débordée et fatiguée par une portée trop
nombreuse, éduquera mal ses chiots.
A l’inverse une mère équilibrée, qui vit
dans un environnement où les reproducteurs cohabitent
paisiblement, fait faire à ses petits en interaction avec elle
(si sa portée lui est laissée minimum 8 pleines semaines) les
premiers acquis des rituels de salutations, de soumission, de
dominance, d’invitation au jeu, avec l’auto contrôle de leur
énergie et l’inhibition de leur morsure.
Les chiots apprennent aussi à communiquer
« chien » pacifiquement, en évoluant ou regardant évoluer des
congénères adultes qui s’apprécient. Ils se familiarisent avec
les postures, les mimiques, les vocalises régissant la
communication entre les uns et les autres.
Au contraire, des chiots retirés de leur
mère prématurément ou élevés en boxes isolés ne se développent
pas idéalement car l’isolement social prépare des chiots peureux
à l’excès.
Ceux en contact avec des congénères adultes
agités, aboyeurs ou en conflits permanents, sont en quelque
sorte « préparés » à être agités et aboyeurs aussi, mordilleurs
à l’excès et potentiellement agressifs. Le « modèle » que
représentent ces manières d’être en relation entre chiens,
façonne des timides plus émotifs, des déterminés encore plus
dominants, des agités encore plus difficiles à contrôler.
A l’élevage, c’est toute la cohésion d’un
groupe de chiens en interactions nombreuses et ludiques
(n’empêchant pas pour autant certaines rivalités qui se règlent
dans le respect de la hiérarchie) qui favorise un épanouissement
physique, psychique et social optimal des chiots.
De même, la bonne qualité des échanges
sociaux entre les éleveurs et leurs chiens, a un retentissement
positif sur les chiots qui sont ainsi naturellement confiants
dans l’être humain, à l’image des adultes reproducteurs. Cette
une bonne socialisation des chiots à l’espèce humaine qui se
prépare, si tous les contacts et soins donnés aux chiots par les
personnes qui les entourent, sont doux et agréables pour les
petits. Plus tard ceux-ci seront ouverts à des rencontres aisées
avec d’autres êtres humains, qui a priori ne seront pas à
redouter.
En résumé l’élevage en très grand nombre et en boxes isolés et
quelle qu’en soit sa qualité sanitaire (toujours mise en avant)
ne permet pas une socialisation optimum aux congénères comme aux
humains, espèces avec lesquelles immanquablement ils évolueront
et même cohabiteront plus tard.
Nouvelle vie
Dès l’acquisition d’un chiot, le plus gros
du travail reste à faire et charge aux maîtres de parfaire la
socialisation entamée à l’élevage, en renforçant la
familiarisation aux congénères (en rencontres avec et sans
laisse), aux humains et autres espèces animales (ex :chat). Cela
par une diversification d’expériences toujours positives et
sans les différer.
L’infinie variété des morphologies des
chiens et des humains, fait mesurer qu’un chiot aura avantage à
être familiarisé au plus vaste registre racial possible, et
rapidement car le temps est compté.
Une période sensible et dite de retrait
social guète en effet le chiot (globalement autour de sa 8ème
semaine) période où il est poussé jusqu’à des comportements
d’évitement dans les semaines qui suivent.
Autant le chiot était apte à faire 1000
découvertes sans stress majeur pendant sa vie à l’élevage, dans
sa période génétiquement programmée de grande attraction sociale
(entre les semaines 4 et 7) autant ensuite il commencera à
connaître la peur (vers sa 8ème semaine) et abordera
moins facilement tout ce à quoi il n’aura pas été familiarisé
avant.
La tranquillité intérieure d’un chiot
confiant et explorateur (acquise dans les meilleures conditions
d’élevage) lui donne de très grandes facultés d’apprentissages.
Il sera « facile à éduquer » sachant aisément contrôler son
énergie, prêt à respecter les limites, si des maîtres avertis et
responsables initient avec lui une bonne qualité de relation,
basée sur une communication performante.
Il sera prêt alors à se révéler un chien
apte à s’adapter, fiable dans ses réactions pour accompagner sa
famille dans n’importe quelle activité de leur quotidien.
Les futurs acquéreurs novices auront donc
intérêt à prendre conseil auprès d’un comportementaliste, après
avoir mesuré que si « les chiens ne font pas des chats »,
passées les limitations de la génétique les hommes sont capables
de « faire » des chiens, objets surtout de leurs divers
façonnements successifs, plus ou moins bien organisés !
Danièle Mirat
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